Touchante attention, qui pose néanmoins une question : quand il faut occuper les enfants pour que les adultes puissent écouter des discours sur l’avenir de la ville, ne serait-ce pas le signe que quelque chose, dans l’ordre des priorités, s’est subtilement inversé ? Récit d’une soirée où les Noiséens furent davantage gardés… qu’écoutés. Récit d’un lancement de campagne d’un maire sortant où l’on ressort déçu qu’enthousiaste…
Il existe, dans chaque vie politique, des moments où l’on croit contempler un miroir, mais où l’on ne découvre qu’un écran de fumée. Ce vendredi 12 décembre 2024, l’hiver semblait avoir oublié Noisy-le-Sec. Cinq degrés de plus que les normales saisonnières : une douceur inhabituelle, presque suspecte. Mais l’école Carnot s’apprêtait à accueillir un spectacle dont les véritables acteurs — les habitants et leurs préoccupations — seraient cruellement absents. Comme si le climat lui-même voulait rappeler que les certitudes d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Ce soir là, dans cette école, malgré des températures douces, certains étaient bien décidés à s’accrocher encore aux leurs.
La Résistance : quand s’unir ne sert qu’à survivre
Oui, parfois les alliances naissent non d’une vision commune, mais d’une peur partagée. Ce soir-là, on ne célébrait pas un projet — on organisait une résistance. PCF, LFI, Écologistes, PRG, L’Après… Tous réunis, non pour bâtir, mais pour durer. Car ils le savent : leur bilan les condamne, et seule l’union des faiblesses peut encore donner l’illusion de la force.
Que proposent-ils aux Noiséens ? De continuer. Continuer quoi, exactement ? Voilà une question qu’il vaut mieux ne pas poser trop fort dans cette salle.
Un bilan que le miroir préfère ne pas refléter
Car enfin, regardons ce que cinq années ont produit. La désertification médicale s’aggrave : trouver un généraliste relève désormais du parcours du combattant. Les travaux du tramway, mal pilotés, mal gérés, transforment la ville en chantier permanent — avec une livraison promise pour 2029, si tout va bien.
Et les finances ? Les recettes fiscales ont bondi de près de 32% en cinq ans. Pour quel résultat visible ? Les Noiséens cherchent encore. En revanche, ils n’ont pas besoin de chercher longtemps pour constater que leur commune affiche des taux de taxes locales records : 36ème sur 39 en Seine-Saint-Denis. Un podium dont on se serait passé.
La démocratie locale : 80 000 euros pour un simulacre
Parlons démocratie participative. La Ville a investi 80 000 euros dans un règlement et une charte des conseils de quartier. Un bel effort, dira-t-on. Sauf que ces mêmes conseils ont été suspendus du jour au lendemain, sans explication. 80 000 euros pour créer des instances qu’on supprime aussitôt : voilà une conception originale de l’investissement citoyen.
Quand Noisy-le-Sec se brade… selon l’acheteur
Les choix immobiliers de la majorité méritent également qu’on s’y attarde. Un terrain stratégique près de la gare ? Vendu à un promoteur pour une bouchée de pain — cinq fois moins cher que sa valeur estimée (Un recours juridique a été déposé au tribunal adminstratif de Montreuil ainsi qu’un référé-suspension). Un terrain enclavé entre l’autoroute et le Londeau ?
Cédé au prix fort à une association cultuelle pour un projet de mosquée. Les musulmans se sont fait : aucune décote malgré les défauts du terrain n’a été prise en compte et le Maire leur fait payer le prix fort le terrain convoité.
Deux poids, deux mesures. On brade aux uns, on surfacture aux autres. La cohérence tarifaire, manifestement, n’est pas le fort de cette équipe. Bien sûr, l’avis des domaines à proposer un prix, mais la ville a toujorus la possibilité de le faire varier sans justification.
Elle n’a pas cru bon user de ce droit. Et lorsque le prix est trop élevé, l’élue en charge de la délégation peut monter au créneau et demander une révision du prix. Mais non, que nenni. Pas le temps de s’occuper des intérêts des Noiséens.

Les affaires qui s’accumulent dans l’ombre
Et ce n’est pas tout. Le SIPLARC et ses dysfonctionnements. Les grèves récurrentes à la mairie, symptôme d’un malaise social que personne ne veut voir. L’affaire des photocopieurs impliquant le frère du Maire, pudiquement passée sous silence.
Et puis, cette perle administrative : le recrutement d’un médiateur de la ville. 69 ans, ancien directeur de campagne du Maire.
Une seule candidature reçue — la sienne. Contrat de trois ans. Travail à 100% en distanciel.
On ne sait pas très bien ce qu’il médiera, ni avec qui, ni comment. Mais on sait qu’il sera payé pour le faire. De loin.
Un public sur mesure, des Noiséens aux abonnés absents
« Des centaines de Noiséennes et de Noiséens », proclama fièrement le Maire sur les réseaux sociaux dès le lendemain. Des centaines ? Voilà un chiffre qui ferait sourire quiconque a mis les pieds dans cette salle.
Plus de 330, affirme en introduction à son discours qui ne durera que 15 minutes, il disait au micro « je suis très touché de votre participation et on m’a dit que vous étiez 330 au cliquet (compteur de personnes). » (contre 70 selon Duart’man).
330 personnes. Dans une salle dont la capacité maximale — selon une délibération municipale votée par cette même majorité le 13 novembre 2025 — est de 70 places.
Le miracle de la multiplication des militants, en somme. Ou l’aveu, involontaire mais éloquent, d’une équipe pour qui les chiffres ne sont qu’un détail. Après tout, quand on annonce un tramway « devenu réalité » trois ans avant sa livraison, pourquoi s’embarrasser de mathématiques ?
Car voyez-vous, il existe une vieille chanson française qui raconte l’histoire d’une marquise à qui l’on annonce que tout va très bien — malgré l’incendie qui ravage son château. Ce soir-là, à l’école Carnot, on jouait la même partition : tout allait merveilleusement bien, malgré les chaises vides.
La salle offrait un tableau saisissant : futurs colistiers venus applaudir leur propre investiture, personnes d’âge vénérable peut-être attirées par la promesse d’un buffet, partenaires politiques récitant leur catéchisme. On comptait même des soutiens en visioconférence — un sénateur par-ci, une députée par-là, une ancienne adjointe depuis sa résidence éloignée. De tout cœur avec vous, mais de loin.
Quant aux Noiséens ordinaires — ceux qui subissent ce bilan au quotidien, qui galèrent dans les transports, qui cherchent un médecin, qui peinent à boucler leurs fins de mois — ils brillaient par leur absence. Mais qu’importe le peuple quand on dispose de l’appareil ?
L’animation fut confiée, ô surprise dynastique, à la fille d’un adjoint municipal, ex-directeur de cabinet du maire de Bagnolet. Son épouse derriere la caméra joue t elle la directrice de Campagne du Maire sortant ? Meeting de campagne ou réunion de famille ?
Plus tard dans la soirée, une intervenante, à la voix criarde, prit la parole pour vanter les mérites de cette union de la gauche, avec l’enthousiasme désintéressé qu’on imagine. Elle omit toutefois un détail : son mari, M. Lacaille-Albiges, n’est autre que le numéro 5 de l’équipe municipale sortante.
Coïncidence, sans doute.
Meeting de campagne, réunion de famille, ou assemblée générale de copropriétaires d’un même pouvoir ? À Noisy-le-Sec, les frontières sont décidément bien floues. Comme les chiffres de participation.
Manquerait plus que l’on apprenne que la mandataire financière de la campagne du maire communiste sortant soit sa tante ou pire encore, qu’elle a un lien direct avec l’une des deux associations bénéficiaires des locaux du l’ancien conservatoire, fraichement repeint lui aussi.
Le miracle du tramway et autres révélations
Puis vint le miracle. Selon plusieurs orateurs, le tramway serait enfin devenu réalité. Alléluia ! Nous qui, naïfs mortels, pensions que les travaux s’éterniseraient jusqu’en 2029 comme l’indiquent les documents officiels…
Hélas, certains semblent confondre les travaux qu’ils subissent avec les transports qu’ils promettent. Confusion bien commode à quelques mois du scrutin.
S’attribuer les arbres des autres
Plus savoureux encore : une intervenante (Dominique) s’enorgueillit de la replantation des arbres du boulevard Michelet. Applaudissements nourris. Un détail toutefois : cette voie départementale relève du Conseil Départemental, non de la Ville.
Mais pourquoi s’embarrasser des compétences institutionnelles quand on peut récolter les mérites d’autrui ?
L’honnêteté proclamée, ou l’art de la déclaration suspecte
Moment d’émotion intense lorsqu’une élue proclama : « Je suis une femme de sincérité, de loyauté, je parle avec mon cœur. » Règle d’or de la rhétorique : quand quelqu’un proclame son honnêteté sur tous les toits, c’est généralement qu’elle n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. La probité véritable, comme l’élégance, ne s’annonce pas — elle se constate.
Cette même élue déclara avoir « été adjointe pendant six ans ». Au passé composé. Or les élections auront lieu en mars 2026. Elle est donc toujours adjointe, percevant des indemnités publiques pour servir les Noiséens — pas pour faire campagne. Voilà un curseur de l’honnêteté intellectuelle remarquablement élastique.
Faire barrage, mais à quoi bon ?
« Faire barrage à Duarte ! Faire barrage à Deleu ! » clamait le représentant de LFI, à côté de ses pompes qui en conclusion de son intervention a déclaré qu’il aurait pu citer un célèbre poète palestinien, mais finalement il se contentera de Arthur Rimbaud. LOL. Les noms résonnèrent dans la salle comme des épouvantails qu’on agite pour détourner le regard. Le représentant de la France Insoumise le proclama sans détour : « Face à Duarte ou à Deleu, nous disons haut et fort que nous sommes fiers… »
Fiers de quoi, au juste ? D’un bilan ? On l’attend encore. D’un projet ? Silence radio. Non, ce soir-là, la seule fierté affichée était celle de résister. Résister à quoi ? À ceux qui osent proposer autre chose.
Car quand on n’a rien à offrir, il reste toujours la possibilité de désigner un ennemi. Les Noiséens, eux, ne demandent pas un épouvantail. Ils demandent qu’on ramasse leurs poubelles, qu’on répare leurs trottoirs, qu’on sécurise leurs rues, qu’on leur trouve un médecin.
Face aux spectres, un projet qui prend corps
Mais qui est donc cet Olivier Deleu dont le nom semble tant effrayer la majorité sortante ?
Un candidat qui, contrairement à ses détracteurs, ne se contente pas de s’opposer. Un homme qui a choisi de parler aux Noiséens — pas à des appareils politiques. Ses vidéos, diffusées régulièrement, abordent ce que les meetings de la majorité évitent soigneusement : les transports du quotidien, l’insécurité ressentie dans certains quartiers, l’état des écoles, le coût de la vie pour les familles, le logement introuvable, les commerces qui ferment.
Pas de grandes envolées sur « l’écologie populaire » ou « le rempart contre l’extrême droite ». Pas de citations de Rimbaud ni d’hommages à Gaza. Juste la vie quotidienne des Noiséens. Celle dont personne n’a parlé ce vendredi soir.
Un républicain face à l’instrumentalisation
Ce qui distingue peut-être le plus Olivier Deleu du maire sortant, c’est sa conception de la fonction. En cette période de Hanouka, tandis que d’autres se taisent ou calculent, il a publié un message simple et courageux : « Une lumière porteuse d’espoir, de paix et de respect entre les femmes et les hommes. »
Et d’ajouter, avec une clarté qui tranche : « Dans une République laïque, chaque communauté religieuse doit pouvoir vivre sa foi librement, en toute sérénité. Sans pression. Sans instrumentalisation. Sans être favorisée ni délaissée au gré des choix partisans d’un maire. »
Ces mots résonnent d’autant plus fort que les Noiséens n’ont pas oublié. Ils n’ont pas oublié l’affaire Barbie, cette humiliation publique qui reste gravée dans la mémoire collective. Ils n’ont pas oublié le deux poids, deux mesures dans le traitement des communautés. Ils n’ont pas oublié qu’un terrain près de la gare fut bradé à un promoteur tandis qu’un autre, enclavé entre l’autoroute et le Londeau, fut cédé au prix fort.
« Un maire doit traiter chaque habitant avec le même respect », écrit il. Des mots simples, qui résonnent d’autant plus fort que certains souvenirs restent vifs. L’affaire Barbie n’est pas si loin. Et les Noiséens savent reconnaître ceux qui parlent à tous de ceux qui ne parlent qu’à certains.
« Un maire doit traiter chaque habitant avec le même respect – c’est ça, le vrai vivre-ensemble ! » rappelle t il comme un reproche direct au Maire Communiste. « À l’heure où certains, à l’extrême gauche, sont accusés d’instrumentaliser les valeurs humaines, Olivier Deleu incarne le vrai courage : celui d’un homme d’expérience, de conviction et de sagesse qui dit les choses clairement, avec équité et dignité pour tous les Noiséens. »
Le contraste des valeurs
Car c’est bien là que se dessine la ligne de fracture. D’un côté, un maire communiste qui s’allie avec l’extrême gauche pour conserver le pouvoir, cite Rimbaud dans ses meetings et rend hommage à Gaza devant une salle acquise. De l’autre, un candidat démocrate et républicain qui souhaite « Hag Hanouka Sameah » à ses concitoyens juifs avec la même sincérité qu’il adresserait ses vœux à chaque Noiséen, quelle que soit sa foi ou son origine.
D’un côté, des discours sur « la gauche de rupture » et « le rempart contre l’extrême droite ». De l’autre, une main tendue à tous, sans calcul électoral, sans clientélisme, sans instrumentalisation.
Olivier Deleu a constitué une liste citoyenne — pas une coalition d’appareils soucieux de préserver leurs postes, mais une équipe de Noiséens de tous horizons. Des colistiers qui connaissent la ville. Qui y vivent, qui y travaillent, qui en arpentent les rues. Des femmes et des hommes qui n’attendent pas d’un mandat municipal un marchepied pour leur carrière, mais une occasion de rendre la ville à ses habitants. À tous ses habitants.
Voilà peut-être ce qui effraie tant la majorité sortante : face à un maire déconnecté du terrain qui a perdu la confiance de nombreux Noiséens au fil du mandat, se dresse une équipe enracinée, concrète, à l’écoute. Une équipe qui préfère parler des problèmes de tous plutôt que de flatter certains.
Car voyez-vous, il existe deux façons d’aborder une élection : résister pour conserver sa place en divisant, ou se battre pour rassembler en respectant chacun. Les uns s’accrochent au miroir en jouant des communautés les unes contre les autres. Les autres préfèrent allumer des lumières — pour éclairer le chemin de tous.
Quand les travaux attendent les meetings
Bonus comique : la porte de l’établissement aurait été repeinte la veille. Comme quoi une échéance électorale accélère singulièrement les travaux réclamés en vain le reste du mandat.
Quand les fichiers municipaux servent la campagne
Pour promouvoir ce raout, une campagne de SMS massive a déferlé sur les téléphones des Noiséens. Et pas seulement des Noiséens.
Un témoignage savoureux nous est parvenu : une personne n’habitant pas Noisy-le-Sec, mais ayant eu le malheur d’assister aux vœux municipaux de janvier 2024, s’est retrouvée destinataire d’une invitation au lancement de campagne du Maire.
La question mérite d’être posée : d’où viennent ces fichiers ? Les données collectées par la municipalité dans l’exercice de ses fonctions officielles sont-elles utilisées à des fins de propagande électorale ?
Et puisque nous parlons de moyens : cette campagne de SMS, la sonorisation professionnelle, les jeux de lumières, la garderie offerte aux parents — tout cela a un coût. Un coût qui, légalement, doit figurer dans les comptes de campagne transmis à la mandataire financière.
Alors posons la question : combien a coûté cette soirée ? Et qui paie ? Le candidat, comme la loi l’exige ? Ou les contribuables noiséens, dont les recettes fiscales ont déjà bondi de 32% en cinq ans ?
Nous attendons les factures. La Commission nationale des comptes de campagne aussi, probablement.
Deux heures quinze pour… rien
22 heures. Enfin, le candidat prit la parole. Et alors ? « Rien d’intéressant », résuma un témoin. Deux heures quinze d’attente pour le néant programmatique. Pas un mot sur le bilan. Pas une excuse. Pas une promesse concrète. Juste l’espoir que l’union fasse oublier l’échec.
Le silence assourdissant des vrais sujets
« Avec vous, pour vous, Toujours Noisy c’est changer la vie », conclut le Maire dans son message triomphal. Changer la vie ? Après six ans aux commandes, il serait peut-être temps de commencer.
Ce soir-là, des responsables se sont succédé pour parler d’eux-mêmes, de leurs parcours, de leurs valeurs, de leurs combats nationaux et internationaux. On a cité Rimbaud et Aragon. On a évoqué Gaza et le néolibéralisme. On a célébré « l’écologie populaire » et « la gauche de rupture ».
Mais qui a parlé du médecin qui manque, de l’école qui déborde, du logement qu’on n’obtient pas, des impôts qui flambent sans contrepartie visible, de l’insécurité qui monte, des commerces qui baissent le rideau ?
Personne.
Car voyez-vous, dans le grand théâtre de la politique locale, les habitants ne sont parfois que des figurants — bons pour voter, dispensables quand il s’agit d’évoquer leurs vrais problèmes. Et c’est peut-être là, dans ce silence assourdissant, que se révèle la vérité la plus cruelle : certains cherchent le pouvoir non pour servir, mais pour se contempler dans le miroir qu’il leur tend.
Ils appellent cela « résister ». Ils proclament que « tout va très bien ». Mais les Noiséens, eux, voient le feu qui couve. Et ils savent désormais vers qui se tourner pour l’éteindre.


