Les mots et les maux : quand la rhétorique nourrit mieux que les cantines

Il existe dans la vie des institutions une vérité que tous les rapports d’activité cherchent à dissimuler : les mots les plus savants servent souvent à habiller les échecs les plus cuisants. Ce jeudi 13 novembre 2025, tandis que l’automne enveloppait Noisy-le-Sec de sa brume complice, le conseil municipal examinait le rapport d’activité du SIPLARC — ce syndicat intercommunal qui avait frôlé la dissolution quelques mois plus tôt. Entre les citations de Marcel Mauss et les envolées sur la « dignité alimentaire », un lecteur attentif aurait découvert une autre histoire : celle d’un budget rejeté, d’un préfet appelé en urgence, de 40% de gaspillage alimentaire et d’assiettes où le bio diminuait pendant que les discours s’élevaient. Car voyez-vous, dans l’art subtil de la communication institutionnelle, on philosophe quand les chiffres nous condamnent, on cite les sociologues quand les contribuables posent des questions simples. Les enfants de Noisy-le-Sec, eux, ne lisaient pas de traités entre deux bouchées de cantine. Ils constataient simplement qu’il y avait moins dans leurs assiettes — mais toujours autant de beaux discours.
L’automne à Noisy-le-Sec apportait avec lui cette brume légère qui enveloppe les vérités dérangeantes. Ce jeudi 13 novembre 2025, le conseil municipal s’apprêtait à examiner un document ordinaire en apparence – le rapport d’activité du SIPLARC – mais qui racontait une histoire que bien peu savaient lire entre les lignes.

Dans les communes urbaines de la petite couronne, on apprend très tôt l’art délicat de présenter les échecs comme des victoires. Certains le font avec des graphiques colorés, d’autres avec des discours enflammés. Julie Grünebaum, elle, avait choisi Marcel Mauss et la sociologie pour habiller son rapport.

Car voyez-vous, lorsqu’un syndicat frôle la dissolution, mieux vaut citer les grands penseurs que reconnaître simplement : nous avons failli.

Il existe une catégorie particulière d’aveux : ceux qui se déguisent en diagnostic éclairé. « Vétusté », « absence d’investissement », « arbitrages non éclairés » – autant de mots qui résonnaient comme un réquisitoire. Mais contre qui, exactement ? L’ironie voulait que Sonia Bakhti-Alout, vice-présidente actuelle et capitaine du navire de 2020 à 2023, avalise ce constat accablant de sa propre gestion passée. Cette autocritique involontaire constituait un exercice d’une rareté remarquable dans la communication institutionnelle locale.

Puis vint ce que l’on pourrait appeler l’alchimie administrative. Le budget 2024 avait été rejeté. Le Préfet avait dû intervenir d’urgence. La Chambre Régionale des Comptes avait été saisie. Pourtant, l’éditorial parlait fièrement d’une « maquette budgétaire validée par le Préfet ». Qualifier une intervention préfectorale de sauvegarde de « validation » relevait d’un optimisme linguistique confondant. C’était un peu comme appeler une contravention « une attention bienveillante des forces de l’ordre ».

Mais le plus fascinant restait cette dissonance entre les grands principes et les petites réalités. L’éditorial dénonçait avec emphase le fait de « nourrir les pauvres avec ce qui devait être jeté ». Noble indignation. Sauf que le rapport lui-même documentait froidement : 40% de gaspillage alimentaire, quatre tonnes redistribuées aux associations, baisse du bio de 36% à 28%, réduction du nombre de composantes par repas. Le SIPLARC pratiquait exactement ce qu’il condamnait avec verve.

Les enfants de Noisy-le-Sec, eux, ne lisaient pas Marcel Mauss entre deux bouchées de cantine. Ils constataient simplement qu’il y avait moins de bio dans leurs assiettes, moins de choix, mais toujours autant de beaux discours sur la « dignité alimentaire ».

Car c’est ainsi que fonctionne parfois la chose publique : on élève le débat quand les faits nous accablent, on philosophe quand les chiffres nous condamnent, on cite les sociologues quand les contribuables posent des questions simples.

Oui, l’automne enveloppait Noisy-le-Sec de son brouillard complice, et certains espéraient sans doute que cette brume masquerait longtemps encore la différence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait.

Mais les saisons passent, et les vérités, même enfouies sous la plus belle des proses, finissent toujours par refaire surface.




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