Noisy-le-Sec Habitat : le naufrage d’un capitaine

Il existe, dans chaque ville, des hommes à qui l’on confie les clés. Les clés de la mairie, bien sûr, mais aussi celles des coffres, des sociétés, des destins collectifs. À Noisy-le-Sec, Olivier Sarrabeyrouse détenait toutes ces clés : maire de la commune et, dans le même souffle, Président-Directeur Général de la SAEM Noisy-le-Sec Habitat, le bailleur social dont la ville possédait 68% du capital.
Oui, certains hommes aiment cumuler les casquettes. Ils pensent que porter plusieurs chapeaux les grandit, sans jamais se demander si leur tête est assez solide pour en supporter le poids.
Pendant cinq ans, ce bailleur a géré plus de 2 100 logements sociaux — le toit de milliers de Noiséens. Puis est venu le temps des comptes. La SAEM a été cédée à Est Ensemble Habitat dans des conditions que le Tribunal administratif de Montreuil devra bientôt examiner. Car les chiffres, voyez-vous, ont cette particularité cruelle : ils ne mentent jamais.
27 619 euros par logement à Noisy-le-Sec. 67 800 euros à Bobigny. Même acheteur. Même année. Mais pas le même prix. Et certainement pas les mêmes conséquences.
Ce qui reste aux Noiséens ? Un passif de 60 millions d’euros et une question sans réponse : comment celui qui tenait la barre a-t-il pu laisser couler le navire ?
Voici l’histoire d’un naufrage annoncé — et du capitaine qui voudrait faire croire qu’il n’était pas à bord.

Il existe des hommes qui cumulent les fonctions comme d’autres collectionnent les médailles. Olivier Sarrabeyrouse était de ceux-là : maire de Noisy-le-Sec d’un côté, président du conseil d’administration de la SAEM Noisy-le-Sec Habitat de l’autre — une nomination intervenue discrètement à la rentrée 2024, quelques mois avant la vente.

La ville, elle, détenait 68,4 % du capital : 74 000 actions sur 108 200, soit 1,4 million d’euros sur un capital de 2 055 800 €. Autrement dit, le capitaine tenait la barre et possédait le navire.

Cinq ans plus tard, le navire a coulé.

Un bilan qui donne le vertige

Le rapport d’activité 2024, présenté au conseil municipal du 18 décembre, ne laisse aucun doute.

Le mot qui revient : catastrophique. Cinq années de gestion ont conduit à une vente bradée dont les chiffres donnent le vertige.

Le patrimoine de Noisy-le-Sec a été cédé 2,45 fois moins cher que celui de la ville voisine. Même acquéreur, même année, même département.

Acheter quatre fois plus  cher que l’on revend

Plus troublant encore : la SAEM, sous la présidence du maire, avait elle-même acquis des logements à 123 750 € l’unité en 2022 — 28 logements en VEFA rue Léo Lagrange.

Trois ans plus tard, l’ensemble du patrimoine est revendu à 27 619 € pièce.

Acheter 4,5 fois plus cher que l’on revend — voilà le bilan du président-maire.

Une décote « manifestament excessive »

Selon les documents du recours déposé au Tribunal administratif de Montreuil, la décote appliquée atteint 21,9 % par rapport à la valeur vénale estimée, soit une moins-value de 16,3 millions d’euros.

Or, la Cour des comptes qualifie de « manifestement excessif » tout écart supérieur à 18 %, estimant qu’une telle décote est « de nature à compromettre les intérêts financiers des collectivités ».

60 millions d’euros sur le dos des Noiséens

Le passif laissé aux contribuables ? 54 à 60 millions d’euros.

Soit :

  • 1 150 € par habitant
  • 61 % du budget annuel de la commune (98 M€)

Au conseil municipal, l’élu d’opposition Jean-Paul Lefebvre a posé la question qui brûle toutes les lèvres :

« Exactement combien de millions d’euros vont être à la charge des Noiséens pour avoir vendu à perte Noisy-le-Sec Habitat ? »

La réponse du maire ? Le silence.

Tous les leviers, aucune excuse

Oui, il arrive que certains hommes confondent diriger et régner, gérer et posséder. Ils accumulent les casquettes sans jamais se demander si leur tête peut toutes les porter.

Olivier Sarrabeyrouse était président du conseil d’administration — il a présidé au naufrage.

Il était actionnaire majoritaire par procuration, au nom des 52 000 Noiséens — il n’a rien vu venir.

Il était maire — il devra rendre des comptes.

Car dans cette histoire, il n’y a pas de coupable invisible, pas de fatalité commode, pas de circonstances atténuantes à invoquer. Il y a un homme qui tenait tous les leviers et qui, aujourd’hui, voudrait faire croire qu’il n’était aux commandes de rien.

L’addition

Soixante millions d’euros.

C’est le prix que les Noiséens paieront pour avoir confié leur bailleur social à celui qui les gouverne.

Il était maire — il devra rendre des comptes.

Car voyez-vous, dans cette histoire, il n’y a pas de coupable invisible, pas de fatalité commode, pas de circonstances atténuantes à invoquer.

Il y a un homme qui tenait tous les leviers et qui, aujourd’hui, voudrait faire croire qu’il n’était aux commandes de rien.

Soixante millions d’euros. C’est le prix que les Noiséens paieront pour avoir confié leur bailleur social à celui qui les gouverne. En mars 2026, ils auront l’occasion de lui présenter l’addition.

En mars 2026, ils auront l’occasion de lui présenter l’addition.

À Noisy-le-Sec, on apprend parfois à ses dépens qu’un capitaine qui coule son propre navire ne mérite pas qu’on lui en confie un autre.

 


Lecture complémentaire : https://93sang30.com/est-ensemble-habitat-deux-poids-deux-mesures/

Sources : Requête TA Montreuil n°2506503, Rapport Sémaphores, Délibérations SAEM NLSH, Rapport Cour des Comptes sur les SEM locales.


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