À Noisy-le-Sec, commune populaire de la petite couronne où la mixité sociale côtoie les espoirs de rénovation, ce pacte s’est lentement effiloché. Six années durant, un brouillard étrange s’est installé sur les rues – non pas celui de l’hiver, qui finit toujours par se dissiper, mais celui des discours creux et des excuses commodes.
Oui, il y a différentes façons de gouverner une ville. Certains élus choisissent d’éclairer les quartiers sombres. D’autres préfèrent y installer des caméras, ces yeux vigilants qui rassurent ceux qui rentrent tard. D’autres encore déploient des agents municipaux, présences familières qui rappellent que l’autorité veille. Mais il en est aussi qui préfèrent discourir sur les causes profondes de l’insécurité plutôt que d’agir sur ses conséquences immédiates.
Car voyez-vous, le déni possède ses propres alibis. L’État ? C’est commode. Le département ? Pourquoi pas. La Métropole ? Encore mieux. Tant de coupables désignés, tant de responsabilités déléguées vers des horizons lointains. Et pendant ce temps, les lampadaires restent éteints, les caméras ne s’installent pas, et les rues appartiennent à ceux qui n’ont pas peur du noir.
Pourtant, une vérité demeure, aussi têtue que le retour du printemps après les frimas : la sécurité et la tranquillité publique sont des compétences municipales. Pas une option que l’on coche selon l’humeur. Pas un slogan que l’on brandit les soirs d’élection. Une responsabilité. Celle du maire. Celle qu’aucune doctrine ne devrait pouvoir effacer.
Les habitants de cette ville dense et en mutation n’attendent plus les explications savantes sur les déterminismes sociaux. Ils n’attendent plus les promesses reportées au lendemain des urnes. Ils attendent ce que toute communauté humaine est en droit d’exiger : pouvoir rentrer chez soi sans baisser le regard, voir ses enfants jouer dans des espaces publics entretenus, sentir que quelqu’un, quelque part, assume la charge de leur quiétude.
Oui, quand une ville se dégrade, c’est l’insécurité qui s’installe. Quand les espaces publics sont abandonnés, c’est la peur qui s’empare des trottoirs. Et quand l’autorité recule derrière le paravent des justifications idéologiques, c’est le désordre qui avance, silencieusement, comme l’ombre gagne du terrain à mesure que le jour décline.
Il arrive que les élus oublient cette leçon élémentaire : gouverner, ce n’est pas commenter le monde. C’est le transformer. Et parfois, la transformation la plus urgente consiste simplement à rallumer la lumière.
Les Noiséens, eux, n’ont pas oublié. Ils attendent. Pas demain. Pas après les élections. Maintenant. Car dans les communes populaires comme ailleurs, la patience des habitants a ses limites – et le brouillard, même le plus épais, finit toujours par se lever.
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