NOISY-LE-SEC : Quand un agent municipal devient le symptôme d’un malaise plus profond

Erreur contractuelle reconnue par écrit. Avenant refusé. Fin de contrat notifiée pendant un arrêt pour accident du travail. L’affaire Walid Gouicem, ancien agent adulte-relais, arrive devant le Conseil de Prud’hommes de Bobigny le 27 janvier 2026. Mais son histoire dépasse le simple litige individuel. Deux DGS évincés en cinq ans, des cadres qui fuient, une secrétaire générale CGT qui claque la porte en dénonçant « passe-droits » et « clientélisme », des vœux au personnel désertés comme jamais… À Noisy-le-Sec, le cas Gouicem n’est peut-être que le symptôme d’un malaise bien plus profond.
L’ histoire de Walid Gouicem, — erreur contractuelle reconnue, avenant refusé, fin de contrat pendant un arrêt maladie — résonne étrangement avec les témoignages qui s’accumulent sur le climat social au sein de la municipalité. Deux DGS évincés en cinq ans, des cadres qui partent, une secrétaire générale CGT qui démissionne en dénonçant « passe-droits » et « clientélisme »… À Noisy-le-Sec, le cas Gouicem n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg.
⚖️ Avertissement : L’affaire Gouicem fait l’objet d’une procédure pendante devant le Conseil de Prud’hommes de Bobigny (audience du 27 janvier 2026). Les faits rapportés s’appuient sur les documents versés au dossier. La présomption d’innocence s’applique et la collectivité pourra faire valoir ses arguments devant la juridiction.

TÉMOIGNAGE D’UN AGENT MUNICIPAL
Quand la Mairie de Noisy-le-Sec
ne respecte pas ses engagements


Tribune de Samy Bessaou - janvier 2026

 

 


I. UN CLIMAT SOCIAL SOUS TENSION

Pour comprendre l’affaire Walid Gouicem, il faut d’abord mesurer le contexte dans lequel elle s’inscrit. Car à Noisy-le-Sec, commune populaire de Seine-Saint-Denis, les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs années.

Le grand inventaire des départs

Dans une tribune publiée en janvier 2026, Samy Bessaou, élu d’opposition, dresse un constat accablant : « Deux DGS évincés en cinq ans. Des cadres qui fuient. Une responsable syndicale qui démissionne. Deux directeurs de cabinet évincés. Des agents épuisés. Des préavis de grève qui s’accumulent. Ce n’est pas un progrès social : c’est un naufrage ! »

Des mots forts, que l’on pourrait attribuer à la rhétorique politique habituelle. Sauf que quelques semaines plus tard, c’est la secrétaire générale de la CGT de Noisy-le-Sec elle-même — pourtant issue de la majorité syndicale avec 67 % aux élections de 2022 — qui claque la porte en dénonçant publiquement les mêmes dysfonctionnements.

Les vœux de la discorde

Les signes, parfois, ne trompent pas.

Janvier 2026. Traditionnelle cérémonie des vœux au personnel municipal. Un rituel annuel censé souder les équipes, célébrer l’année écoulée, projeter l’avenir. Sauf que cette année, le décor raconte une autre histoire.

Des tables vides. Beaucoup de tables vides. Dans les travées habituellement bondées, des chaises inoccupées, des couverts inutilisés. Du jamais vu, murmurent les anciens. Le cœur n’y est plus. Les agents municipaux ont voté avec leurs pieds — ou plutôt avec leur absence.

Quand ceux qui font tourner une collectivité au quotidien ne prennent même plus la peine de venir trinquer avec leur employeur, c’est que quelque chose s’est brisé. On ne boycotte pas des vœux par caprice. On les déserte quand le fossé entre les discours et le vécu devient trop profond pour être comblé par une coupe de champagne.

A l’instar des vœux du CCAS,  Tout aussi révélateurs. Pas de repas cette année.  Juste un buffet. Le minimum syndical — si l’on ose l’expression. Et encore : insuffisant pour les 250 convives présents.

La municipalité, visiblement, a d’autres priorités.

Ces détails peuvent sembler anecdotiques. Ils ne le sont pas. Dans une collectivité, les rituels collectifs sont le thermomètre du climat social. Quand les agents désertent les vœux et que l’institution ne juge même pas utile d’assurer un repas digne de ce nom à ses représentants, le message est clair : la rupture est consommée.

C’est dans ce contexte — tables vides, buffets au rabais, départs en série, démission syndicale — que l’histoire de Walid Gouicem prend tout son relief.

La démission qui fait trembler les murs

Dans un communiqué au vitriol, l’ex-responsable syndicale énumère ce qu’elle qualifie de « pratiques internes qu’elle ne peut plus cautionner » :

  • Des signalements pour harcèlement restés sans suite claire, pendant que la personne mise en cause bénéficie d’une promotion ;
  • Un passeport obtenu en quelques jours pour un membre de l’équipe syndicale, là où les agents doivent « prendre rendez-vous comme tous les usagers » ;
  • Des voyages subventionnés réservés aux élus du comité d’entreprise, pendant que des agents actifs se voient refuser l’accès « faute de place » ;
  • Des « silences sélectifs », des « traitements différenciés », des « discours d’égalité qui ne résistent pas aux faits ».

Sa conclusion est sans appel : « Je refuse de participer à ce système ou de le légitimer par mon silence. »

C’est dans ce contexte — départs en série, grèves répétées, démission fracassante de la première représentante syndicale — que l’histoire de Walid Gouicem prend tout son sens. Non pas comme un cas isolé, mais comme l’illustration concrète d’un système que beaucoup décrivent comme défaillant.


La chanson Sarrrabeyrouse et moi cartonne sur TikTok, téléchargez-la gratuitement sur 93sang30.com

Pour les paroles de la chanson > CLIQUEZ ICI


II. L’AFFAIRE WALID GOUICEM : CHRONOLOGIE D’UN LITIGE

Mai 2023 : Un contrat, des promesses

Le 3 mai 2023, Walid Gouicem, 42 ans, signe un contrat adulte-relais avec la Mairie de Noisy-le-Sec. Ce dispositif, créé pour favoriser l’insertion dans les quartiers prioritaires, lui promet un poste de « médiateur social » au sein du service France Services. L’article 3 de son contrat (référence AM/LL/PG DRH-23-C293) détaille ses missions : accompagnement des publics, intervention auprès des jeunes de 11 à 25 ans, travail en lien avec les éducateurs spécialisés.

Selon M. Gouicem, la réalité sera tout autre. Dès son premier jour, il affirme avoir été affecté à des tâches d’agent d’accueil — orientation du public, aide aux démarches administratives — sans jamais exercer les missions de médiation prévues contractuellement.

Août 2023 : La découverte de l’« erreur »

Le 24 août 2023, après quatre mois de travail, M. Gouicem adresse un courriel à sa hiérarchie pour demander l’autorisation d’exercer enfin sa mission de médiateur social, conformément à son contrat. C’est alors que survient ce qu’il qualifie de « révélation » : lors d’un entretien le 29 août avec ses supérieurs, on lui explique qu’une « erreur d’intitulé de poste et de missions » affecte son contrat.

En clair : le contrat qu’il a signé ne correspond pas aux fonctions que la mairie souhaitait lui confier. L’erreur, selon les documents versés au dossier, est imputable aux services de la collectivité.

Septembre 2023 : L’aveu écrit

C’est ici que l’affaire prend une tournure particulière. Le 8 septembre 2023, la Direction des Ressources Humaines de la Mairie adresse un courriel à M. Gouicem dans lequel elle reconnaît explicitement :

« Le contrat de travail est une pièce tout à fait opposable. La DRH a commis une erreur manifeste d’appréciation en rédigeant le contrat de telle manière. »

Cette reconnaissance écrite constitue l’une des pièces maîtresses du dossier. Elle établit que l’employeur a admis son erreur — une erreur qui, selon M. Gouicem, l’a privé pendant des mois des missions et potentiellement de la rémunération prévues initialement.

Octobre 2023 : Le refus qui change tout

Pour régulariser la situation, la mairie propose à M. Gouicem de signer un avenant à son contrat. Cet avenant, selon le salarié, visait à modifier l’intitulé du poste et les missions pour les aligner sur les fonctions effectivement exercées — autrement dit, à entériner une situation qu’il considère comme défavorable.

Le 30 octobre 2023, M. Gouicem notifie par courriel son refus de signer. Sa position : l’erreur n’étant pas de son fait, il entend se maintenir dans les conditions contractuelles initialement convenues. Un droit que lui reconnaît le Code du travail.

C’est à partir de ce refus, selon son témoignage, que les relations de travail se dégradent significativement. « J’ai senti que je devenais un problème à régler plutôt qu’un agent à accompagner », confie-t-il dans sa vidéo témoignage.

Janvier 2024 : L’escalade

Le 25 janvier 2024, M. Gouicem reçoit un courrier recommandé signé de Mme Pascale Labbé, adjointe au Maire. Ce courrier affirme que l’agent aurait lui-même « sollicité la réalisation d’un avenant » qu’il refuserait désormais de signer « malgré plusieurs relances ».

  1. Gouicem conteste vigoureusement cette version. Dans sa réponse du 13 février 2024, il produit l’ensemble des courriels démontrant, selon lui, que c’est la hiérarchie — et non lui — qui a proposé cet avenant suite à la découverte de l’erreur. Il qualifie les accusations portées contre lui de « calomnieuses » et demande la communication des preuves appuyant les « relances » évoquées.

Ces preuves, affirme-t-il, ne lui seront jamais transmises.

3 janvier 2024 : L’arrêt de travail

Entre-temps, le 3 janvier 2024, M. Gouicem est placé en arrêt de travail. Les documents médicaux versés au dossier font état d’un « syndrome anxio-dépressif réactionnel » reconnu en lien avec un accident du travail.

Ce point est juridiquement crucial : l’article L1226-18 du Code du travail prévoit une protection spécifique pour les salariés en arrêt suite à un accident du travail. Pendant cette période, l’employeur ne peut, en principe, rompre le contrat sauf faute grave ou motif étranger à l’accident.

12 mars 2024 : La fin de contrat contestée

C’est pourtant pendant cet arrêt que M. Gouicem reçoit, le 12 mars 2024, un courrier l’informant que son contrat ne sera pas renouvelé à son terme, fixé au 2 mai 2024. Le courrier est signé de Mme Pascale Labbé.

Aucun motif n’est explicitement mentionné dans ce courrier, selon les éléments du dossier.

Le 2 avril 2024, M. Gouicem conteste cette décision par voie recommandée. Il rappelle que son contrat comporte une clause de renouvellement et invoque la protection liée à son statut d’accidenté du travail. Il saisit également l’inspection du travail le lendemain.

L’épisode Bagnolet : une candidature « torpillée » ?

Un élément supplémentaire vient alourdir le dossier. En janvier 2024, M. Gouicem postule pour un poste similaire à la Mairie de Bagnolet. L’entretien, selon ses déclarations, se déroule favorablement : on lui demande son bulletin de salaire, sa date de naissance — signes habituels d’une candidature retenue.

Le 18 janvier, revirement : sa candidature n’est finalement pas retenue. Selon M. Gouicem, c’est le responsable de la Maison France Services de Bagnolet qui lui aurait révélé les raisons : une enquête menée auprès de la DRH de Noisy-le-Sec aurait abouti à des « mauvaises références professionnelles » le concernant.

Si ces allégations étaient avérées, elles pourraient constituer un obstacle délibéré à la mobilité professionnelle du salarié — un fait susceptible d’être qualifié juridiquement.


III. QUAND LES TÉMOIGNAGES SE REJOIGNENT

Ce qui frappe, à la lecture du dossier Gouicem, c’est la résonance avec les griefs exprimés par d’autres voix au sein de la collectivité.

Des « erreurs » qui durent

L’ex-secrétaire générale de la CGT dénonce des « signalements restés sans suite claire ». M. Gouicem décrit une « erreur » contractuelle qui perdure pendant des mois avant d’être reconnue — et encore, uniquement parce qu’il réclame l’application de son contrat.

Deux poids, deux mesures

La responsable syndicale évoque des « traitements différenciés », des « avantages réservés à quelques-uns ». M. Gouicem constate qu’un agent peut obtenir un passeport en quelques jours pour un « éductour » pendant que lui-même peine à faire reconnaître les termes de son propre contrat de travail.

Le silence comme réponse

L’ex-secrétaire CGT dénonce les « silences sélectifs ». M. Gouicem rapporte avoir écrit au Maire le 24 novembre 2023, puis relancé le 13 décembre. Sans réponse. Sans rendez-vous. Sans explication.

Samy Bessaou, lui, parle d’une « gouvernance par la peur, le mépris de ceux qui servent ».

Coïncidences ? Exagérations ? Ou faisceau d’indices convergents ? C’est précisément ce que la justice prud’homale devra examiner pour le cas de M. Gouicem. Mais au-delà du contentieux individuel, ces témoignages croisés interrogent sur le fonctionnement plus global de la collectivité.


IV. UNE PROCÉDURE, DES QUESTIONS

Le 5 novembre 2025, M. Gouicem a saisi le Conseil de Prud’hommes de Bobigny. L’affaire, enregistrée sous le numéro 2025-00094922, sera examinée lors d’une audience de conciliation et d’orientation le 27 janvier 2026.

Dans ses conclusions, le demandeur soulève plusieurs griefs qu’il appartiendra au tribunal d’examiner :

  • Erreur d’intitulé de poste et de missions affectant son contrat ;
  • Non-respect de la charte d’engagement réciproque relative aux adultes-relais ;
  • Inégalité salariale alléguée ;
  • Conditions de rupture du contrat pendant un arrêt pour accident du travail.
  1. Gouicem bénéficie de l’aide juridictionnelle totale, accordée par décision du 31 décembre 2024 du Tribunal judiciaire de Bobigny — ce qui établit, au passage, que ses ressources ne lui permettaient pas de financer seul sa défense.


V. BRISER LE SILENCE

Dans sa vidéo témoignage diffusée en janvier 2026, Walid Gouicem explique pourquoi il a choisi de parler publiquement :

« Ce n’est pas facile de parler publiquement, mais je crois qu’il est important que les gens sachent ce qui peut arriver quand on fait confiance à une institution. […] Je ne cherche pas la vengeance. Je cherche la justice. Et je veux que mon histoire serve à d’autres, pour que personne n’ait à vivre ce que j’ai vécu. »

Cette démarche fait écho à celle de l’ex-secrétaire générale de la CGT qui, dans son communiqué, affirme : « Je refuse de participer à ce système ou de le légitimer par mon silence. »

Deux voix, deux parcours, un même constat : à Noisy-le-Sec, selon ces témoignages, se taire reviendrait à cautionner.

ÉPILOGUE PROVISOIRE

L’affaire Walid Gouicem n’est, juridiquement, qu’un litige individuel entre un salarié et son ancien employeur. Le tribunal tranchera sur la base des faits et du droit applicable.

Mais au-delà du contentieux, cette histoire pose des questions plus larges. Comment une « erreur manifeste » peut-elle perdurer des mois sans être corrigée ? Pourquoi un agent qui refuse de signer un avenant — ce qui est son droit — se retrouve-t-il, selon ses dires, progressivement marginalisé ? Comment expliquer qu’un contrat prenne fin pendant un arrêt pour accident du travail, sans motif explicite documenté ?

 

Contactés par notre rédaction, ni le Maire de Noisy-le-Sec (maire@noisylesec.fr) ni son adjointe en charge du personnel, Mme Pascale Labbé — signataire des courriers litigieux — n’ont donné suite à nos sollicitations.

Ce silence n’étonne guère. Il fait écho à celui que décrit M. Gouicem : des courriers restés sans réponse, des demandes d’explication ignorées, une hiérarchie murée dans le mutisme.

La Mairie aura l’occasion de s’exprimer devant le Conseil de Prud’hommes le 27 janvier prochain. En attendant, les témoignages s’accumulent. Les départs se multiplient. Et le silence, comme l’écrivait l’ex-secrétaire CGT, « pèse un peu plus lourd qu’hier ».

 

Un courriel a été envoyé au Maire de la ville à cette adresse : maire@noisylesec.fr, le maire n’a pas daigné répondre. L’adjointe au personnel, Pascale Labbé a été contacté mais n’a pas donné suite à nos sollicitations à ce jour. La Mairie de Noisy-le-Sec aura l’occasion de répondre à ces questions devant la juridiction prud’homale. En attendant, les témoignages s’accumulent. Les départs se multiplient. Et le silence, comme l’écrivait l’ex-secrétaire CGT, « pèse un peu plus lourd qu’hier ».

⚖️ « En 2020, l’espoir était permis. En 2026, les masques tombent. Noisy mérite mieux. Noisy mérite le respect de ceux qui la servent chaque jour. » — Samy Bessaou, janvier 2026

Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.