« Avec tout le respect que j’ai pour lui… (et c’est sincère)»

La politesse du traitre
Morad khétala, candidat aux municipales, victime et la cible de révélations infondées sur sa vie privvée de la part d’un élu de la majorité sortante de l’équipe d’Olivier SARRABEYROUSE

Il existe une formule que tout le monde connaît, et que personne ne devrait croire. Elle commence généralement par « avec tout le respect que j’ai pour lui » — et c’est précisément à cet instant qu’il faut se préparer au pire. Car dans le théâtre de la politique locale, les coups les plus bas sont toujours précédés des révérences les plus appuyées.

C’est ainsi que fonctionne la méthode Sarrabeyrouse : on délègue à un acolyte le soin de manier le poignard, mais on lui enseigne d’abord les bonnes manières.

« Je te respecte », murmure-t-on avant de frapper. « Je t’aime bien », susurre-t-on avant de salir. M. Zakaria Benhamra El Akhfach, délégué à la cohésion sociale et à la politique de la ville, vient d’en faire la démonstration dans un message visant deux figures de l’opposition noiséenne, comme un aveu de fébrilité.

Et comme souvent en cet hiver étrangement doux, c’est sous les dehors de la tiédeur que se dissimulent les intentions les plus glaciales.

Le premier crime d’Olivier Deleu ? Avoir assisté à la réunion publique d’un ministre en exercice dans une ville voisine. Dans l’univers de M. Benhamra, écouter devient adhérer, observer devient comploter, et la curiosité intellectuelle mérite l’excommunication politique. L’amalgame entre Les Républicains et l’extrême droite est si commode quand les arguments font défaut.

Quant à Morad Khetala, M. Benhamra lui réserve un traitement plus pernicieux encore. Il écrit — avec cette fameuse formule — « avec tout le respect que j’ai pour lui », avant de révéler publiquement des informations personnelles destinées à nuire.

Quel étrange respect, en vérité ! Quel singulier hommage que celui qui consiste à fouiller dans la vie privée d’un adversaire !

Car rétablissons les faits : le Code électoral n’exige nullement de résider physiquement dans une commune pour s’y présenter. L’inscription sur les listes électorales repose sur un lien objectivable — domicile, résidence, fiscalité. Morad Khetala habite bien Noisy-le-Sec. Il y a vécu. Il l’aime. Il s’y engage. Voilà précisément ce qui dérange.

Mais la vraie question demeure : qui parle à travers M. Benhamra ? Cette attaque porte une signature. Ce n’est pas la fébrilité d’un délégué isolé, mais la stratégie d’un maire qui tire à boulets rouges, par procuration, contre des candidats qu’il redoute.

Pas la confrontation d’idées, mais l’assassinat de réputations. Pas le débat démocratique, mais la politique de la terre brûlée.

Oui, il y a des moments où les méthodes employées révèlent davantage sur ceux qui les utilisent que sur leurs cibles. M. Benhamra pensait affaiblir. Il a renforcé. Il pensait salir. Il a révélé. Il pensait intimider. Il a mobilisé.

Les Noiséens, dans cette commune populaire et diverse de la petite couronne, savent reconnaître ceux qui construisent et ceux qui détruisent. En mars 2026, ils trancheront.

Mais puisque M. Benhamra semble si attaché à la transparence sur la vie privée des candidats, permettez une dernière question — avec tout le respect que j’ai pour lui, bien entendu (et c’est sincère) : que s’est-il passé exactement qui l’a conduit à faire un petit séjour carcéral au Maroc, en août 2022 ?

La lumière, quand on la réclame pour les autres, finit toujours par éclairer nos propres zones d’ombre.


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