
Il y a des moments, dans la vie d’une commune, où la vérité se dévoile là où personne ne l’attendait. Non pas dans les discours officiels, ni dans les communiqués soigneusement rédigés. Mais dans les commentaires.
Ces petits textes tapés à la hâte, où l’on croit défendre une cause, et où l’on révèle, sans le savoir, bien plus que ce que l’on voulait dire.
Ce matin d’hiver, une femme a pris la plume numérique pour voler au secours de son beau-père. Touchant, vraiment. Sauf que cette femme ne vit pas à Noisy-le-Sec. Elle réside aux Pavillons-sous-Bois, avec son conjoint Léo Sarrabeyrouse, fils du maire et gérant d’une SCI familiale immobilière.
D’où parle-t-elle de notre ville ? De quelle légitimité se drape-t-elle pour distribuer ses leçons de « bon sens » ?
Oui, les familles se serrent les coudes. C’est dans leur nature. Mais il y a quelque chose de fascinant dans la façon dont certains invoquent la transparence tout en omettant de dire qui ils sont vraiment.
La belle-fille défend son beau-père, et c’est compréhensible. Ce qui l’est moins, c’est d’affirmer publiquement qu’une société est « dissoute » quand un simple extrait Kbis prouve le contraire.
Affirmer une fausseté pour discréditer quelqu’un porte un nom dans notre droit : la diffamation.
Et puis il y a ce mot, glissé comme une évidence : « modeste ». Le maire, nous dit-on, vivrait modestement.
Avec 5 779 euros mensuels d’indemnités et 3 000 euros annuels de frais de représentation, beaucoup de Noiséens aimeraient connaître une telle modestie.
Mais ce n’est pas tout.
Car les registres publics — ces données SIREN accessibles à quiconque prend la peine de chercher — racontent une autre histoire. Celle d’un compagnon qui dirige depuis 2017 l’entreprise individuelle SARRABEYROUSE LEO, et qui est devenu en 2023 gérant de la SCI FASYL, une société civile immobilière basée à Chelles.
Une entreprise individuelle ET une SCI immobilière dans la famille.
Chacun appréciera la définition de « modestie ».
Oui, les mots ont un sens. Et quand on parle de vie modeste depuis un foyer qui cumule mandats électifs, entreprise personnelle et patrimoine immobilier, on ne fait pas preuve de modestie. On fait preuve de déconnexion.
Il est des vérités que l’on préfère taire. Comme ces liens du sang qui expliquent soudain pourquoi une inconnue surgit dans un débat qui ne la concerne pas.
Comme ces intérêts familiaux qui transforment un commentaire anodin en pièce versée au dossier d’une procédure pénale devant le Tribunal correctionnel de Bobigny.
La transparence, nous dit-on, serait une vertu cardinale de notre époque. Mais dans cette commune populaire de la petite couronne, la transparence semble s’arrêter aux liens du sang. On demande aux autres de se justifier, de prouver leur légitimité, de dévoiler leurs motivations. Mais quand vient son tour de parler, on oublie curieusement de mentionner qu’on fait partie de la famille.
Une mise en demeure a été adressée ce jour. Non par vengeance, mais par nécessité. Car lorsque les contre-vérités s’accumulent, lorsque la directrice de campagne puis la belle-fille montent au front, il devient difficile de ne pas voir un schéma se dessiner.
Un maire en difficulté électorale. Une famille qui se mobilise. Et des paroles imprudentes qui, loin de protéger celui qu’elles défendent, l’enfoncent un peu plus dans l’embarras.
Oui, les commentaires révèlent beaucoup de choses à qui sait lire entre les lignes. Ils révèlent les alliances secrètes et les loyautés familiales. Ils révèlent aussi une vérité que l’on oublie trop souvent : parfois, ceux qui veulent nous sauver sont ceux qui nous perdent.
Et les mots prononcés pour nous défendre deviennent les preuves qui nous accablent.
Car voyez-vous, dans les banlieues denses et diversifiées du Grand Paris, comme ailleurs, la famille reste le dernier rempart. Mais quand ce rempart se fissure, quand les défenseurs improvisés commettent des erreurs de débutants, on découvre que même les murs les plus solides ne peuvent rien contre la vérité.
Et la vérité, aussi affreuse soit-elle, finit toujours par apparaître au grand jour.
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