« CE QUE NOUS AVONS FAIT » — Vraiment, Monsieur Sarrabeyrouse ?

Il y a, dans toutes les communes de la petite couronne du Grand Paris, un phénomène que les anciens connaissent bien. Chaque printemps, au retour des beaux jours et des échéances électorales, certains jardins semblent soudain fleurir de récoltes que leurs propriétaires n’ont jamais semées.
C’est une vieille tradition. Et elle a, il faut bien le reconnaître, une certaine élégance dans son effronterie.

Oui, nous sommes tous capables, un jour ou l’autre, de laisser glisser vers nous la lumière qui appartient à d’autres. Certains le font par négligence, d’autres par conviction sincère que le voisinage d’une réussite suffit à en faire la sienne.

Mais il y a ceux qui le font avec méthode — avec des chiffres ronds, des pourcentages assertifs, et le sourire tranquille de qui sait que peu de gens liront les annexes budgétaires.

À Noisy-le-Sec, commune dense et populaire de la première couronne, un bilan de campagne circulait ces derniers jours. On y parlait de 57 millions d’euros investis dans la rénovation du parc social.

De cent, peut-être cent cinquante procédures contre l’habitat indigne. Des nombres généreux, habillés du « nous » souverain de ceux qui gouvernent.

Seulement voilà. La question se posait, douce mais insistante, comme une fenêtre qu’on laisse entrouverte par inadvertance : dans quel budget municipal ces sommes apparaissent-elles ?

Car les bailleurs sociaux ont leur propre comptabilité. L’État a ses propres lignes. Les fonds européens ont leurs propres rapports. Et aucun de ces chiffres ne figure, naturellement, dans les délibérations du conseil municipal de Noisy-le-Sec.

Présenter l’argent des autres comme le fruit de sa propre diligence — c’est là un talent particulier. Il requiert une certaine décontraction face aux faits, un rapport apaisé avec la frontière qui sépare ce que l’on a fait de ce qui s’est fait à proximité de soi.

Ce qui rend la chose plus savoureuse encore, c’est que ce même édile avait appelé, voilà peu, à signer une charte éthique pour la transparence électorale. Oui, une charte. Le mot a cette belle solidité des principes proclamés haut et fort — surtout lorsqu’on n’est pas pressé de les appliquer.

Les habitants de Noisy-le-Sec méritent un bilan honnête. Pas un catalogue d’emprunts habillés en réussites. Pas des chiffres invérifiables offerts en guise de bilan.

Mais des comptes clairs, documentés, que chacun peut consulter — ceux-là même qu’une charte éthique devrait, en toute logique, garantir.

Oui, le printemps ramène les fleurs. Et les campagnes électorales, leurs vérités à géométrie variable.

Ce qui ne se récolte pas, hélas, c’est la confiance perdue.


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