Derrière ces mots administratifs se cache une réalité : LE SYCTOM va polluer davantage. Le projet de restructuration du centre de traitement des déchets ménagers engendrera des impacts résiduels notables sur la biodiversité – une perte que la Loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité oblige à réparer par des mesures compensatoires.
Et le prix de cette réparation ? C’est toute la partie sud du Parc des Guillaumes qui est confisquée à Noisy-le-Sec pour que le SYCTOM compense l’écologie perdue et ce, pour un engagement contraignant de trente années. Trois décennies. Le temps d’une génération entière. Et cet engagement, les Noiséens ne l’ont appris ni par une réunion publique, ni par une concertation de quartier, ni même par une information claire dans la délibération elle-même. Ils l’ont appris… par ceux qui ont pris la peine de lire les documents annexes que personne ne leur a montrés. Car c’est ainsi que certaines vérités circulent parfois : non pas au grand jour, mais dans les marges que l’on espère que personne ne consultera.
Dans cette histoire, il y a des personnages principaux et des figurants. Les personnages principaux ont des noms, des titres, des signatures au bas des contrats : le SYCTOM, Est Ensemble, la Ville de Noisy-le-Sec. Les figurants, eux, n’ont pas de visage. On les appelle « les riverains ». On les appelle « les usagers ». On les appelle « les habitants ».
On ne les appelle jamais à donner leur avis.
Le Parc des Guillaumes n’est pas une abstraction sur un plan cadastral. C’est un espace où des enfants jouent après l’école, où des familles pique-niquent le dimanche, où des promeneurs cherchent un peu de verdure dans le béton francilien.
Près d’un hectare de ce parc va devenir une « zone de quiétude » pour la faune — avec les restrictions d’usage que cela implique. Un caniparc de 700 m² va surgir de terre.
Ces décisions ont été prises. Les accords ont été signés. Les délibérations ont été votées.
Sans aucune concertation.
Où sont les réunions publiques d’information ? Nulle part. Où sont les ateliers de concertation avec les riverains ? Nulle part. Où sont les consultations des associations locales, des usagers quotidiens ? Nulle part. Une interlocutrice a été désignée pour le suivi du projet. Mais qui était l’interlocutrice des habitants avant que tout soit décidé ?
Personne. Car personne n’a jugé utile de leur demander.
Le caniparc ? Décidé sans les propriétaires de chiens. L’emplacement leur convient-il ? Les équipements répondent-ils à leurs besoins ? Les horaires sont-ils adaptés ? Ces questions n’ont pas été posées. On décide pour les habitants, jamais avec eux.
« La démocratie participative, voyez-vous, est un concept merveilleux. Il orne les programmes électoraux comme les guirlandes ornent les sapins. Puis janvier arrive, et on range les décorations. »
II. Ce que la délibération ne disait pas
Voici un fait que chaque Noiséen devrait connaître : la délibération soumise au vote du Conseil Municipal ne mentionnait aucun chiffre.
Les élus ont été invités à engager leur commune pour trente ans sans connaître les montants financiers en jeu. Pas un euro. Pas une estimation. Pas même un ordre de grandeur. C’est en fouillant l’avant-contrat — document annexe non présenté en séance, non lu à voix haute, non débattu — que les engagements financiers apparaissent, comme des écritures à l’encre sympathique révélées par la chaleur de l’attention.
Et que découvre-t-on dans ces documents que Monsieur Lacaille-Albiges n’a pas jugé utile de mentionner ?
Est Ensemble percevra 12 000 euros par an d’indemnité de gestion.
Sur trente ans, cela représente au minimum 360 000 euros.
Les travaux de cheminements sont estimés à 90 000 euros, avec une marge de 25% — soit entre 67 500 et 112 500 euros. Les travaux de restauration écologique ? Non chiffrés. Le suivi écologique trentenaire ? Non chiffré. La gestion des eaux pluviales ? Non chiffrée.
Mais le plus beau reste à venir : le caniparc.
L’avant-contrat est formel : le caniparc de 700 m² sera « aménagé et financé par Est Ensemble ». Générosité apparente. Cadeau de Noël avant l’heure.
Mais lisez la suite, celle que personne ne vous a lue : « La Ville de Noisy-le-Sec en assurera la gestion. »
Vous avez bien lu. Est Ensemble finance la construction. La Ville paie le fonctionnement. Pendant trente ans.
Entretien quotidien, nettoyage, ramassage des déjections, réparations des clôtures et des équipements, surveillance éventuelle, gestion des conflits d’usage…
Quel est le coût annuel de cette gestion ? Personne ne le sait. Ce coût n’apparaît nulle part dans l’avant-contrat. Il n’a pas été chiffré. Il n’a pas été voté. Il n’a pas été provisionné au budget municipal.
Et cette charge — cette charge invisible, cette charge fantôme — ne sera pas compensée par l’indemnité que verse le SYCTOM. L’indemnité de 12 000 euros par an va à Est Ensemble, pour la gestion écologique. Pas à la Ville. Pas pour le caniparc.
Les Noiséens paieront donc la facture d’un équipement qu’on leur « offre ». Mais on ne leur dit pas combien.
« Il y a des cadeaux qu’on offre et des cadeaux qu’on fait semblant d’offrir. Les seconds coûtent généralement plus cher que les premiers. »
III. Un contrat à sens unique
Permettez-moi de vous raconter une histoire. Une fable moderne sur un propriétaire et un locataire.
Le locataire s’appelle le SYCTOM. Il a besoin d’un terrain pour honorer une dette — une obligation légale de compensation écologique. Le propriétaire s’appelle la Ville de Noisy-le-Sec. Elle possède des parcelles au Parc des Guillaumes, et on lui propose un « partenariat ».
Le locataire promet de payer les aménagements : restauration écologique, cheminements, plantations. Généreux, n’est-ce pas ? Mais lisez les clauses du bail. Lisez-les attentivement.
Ce que le SYCTOM obtient :
- Le droit de résilier le contrat sans aucune indemnité si son projet de reconstruction est abandonné ou révisé ;
- Le pouvoir d’intervenir directement sur le terrain via un prestataire si la Ville ne respecte pas ses engagements ;
- Le droit de suspendre le versement de l’indemnité de gestion en cas de défaillance de la Ville ;
- Une porte de sortie grande ouverte, sans pénalité, sans contrainte.
Ce que la Ville de Noisy-le-Sec subit :
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- L’obligation de verser des dommages et intérêts au SYCTOM si elle souhaite résilier le contrat — pour quelque raison que ce soit, hors défaillance du SYCTOM ;
- L’interdiction de construire ou de développer quoi que ce soit sur 1 263,62 m² de ses propres parcelles communales (AZ 440 et AZ 441) pendant trente ans ;
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- Si elle souhaite modifier le plan de gestion : l’obligation de financer une « compensation de remplacement » à ses frais, avec un préavis de cinq ans ;
- La charge de gérer le caniparc pendant trente ans — sans compensation financière, puisque l’indemnité du SYCTOM va à Est Ensemble, pas à la Ville ;
- La perte de toute souveraineté d’aménagement sur son propre foncier.
Résumons. Le SYCTOM — le locataire — paie les aménagements et l’entretien écologique. C’est son obligation légale, rappelons-le. Mais la Ville — le propriétaire — doit renoncer à utiliser son terrain pendant trente ans, payer l’entretien d’un équipement qu’on lui « offre », et s’exposer à des pénalités financières si elle souhaite rompre le bail.
Pendant ce temps, le locataire peut partir quand bon lui semble, sans frais, si son projet initial est annulé.
Dans quel monde un propriétaire accepte-t-il de telles conditions ? Dans quel univers parallèle un négociateur signe-t-il un contrat où tous les risques pèsent sur lui, et toutes les portes de sortie appartiennent à l’autre partie ?
Dans le monde de Noisy-le-Sec, apparemment. Dans l’univers de Monsieur Lacaille-Albiges.
« Oui, il existe des contrats équilibrés, où chaque partie assume sa part de risque. Et il existe des contrats où l’un s’engage pieds et poings liés pendant que l’autre garde les clés de la sortie dans sa poche. Le premier s’appelle un partenariat. Le second s’appelle une servitude volontaire. Devinez dans quelle catégorie tombe celui-ci. »
IV. Les fissures dans l’édifice
Tout édifice juridique repose sur des fondations. Celles de cet avant-contrat présentent des fissures inquiétantes.
Première fissure : l’accord de principe signé sans autorisation. L’article L.2121-29 du Code Général des Collectivités Territoriales est limpide : le Conseil Municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. Or, le 1er avril 2025, Monsieur le Maire Olivier Sarrabeyrouse a signé un accord de principe engageant la Ville — avant toute délibération du Conseil Municipal. L’ordre constitutionnel a été inversé. On a signé d’abord, demandé l’autorisation ensuite.
Deuxième fissure : l’habilitation manquante d’Est Ensemble. L’avant-contrat est un engagement tripartite. À la page 2, dans la section concernant Est Ensemble, la mention de la délibération habilitant Monsieur Patrice Bessac à signer est… laissée vide. Un blanc. Un néant administratif. Comment valider un contrat quand l’une des parties n’a pas encore l’autorisation légale de s’engager ?
Troisième fissure : la question foncière non résolue. La surface concernée — 0,98 hectare — comprend des parcelles appartenant à la RATP, soit environ 15% du total. Or, la RATP n’est pas partie signataire à l’avant-contrat. Est Ensemble s’engage simplement à « faire des efforts » pour acquérir ces terrains ou négocier une convention d’occupation. Comment garantir un programme de restauration sur trente ans quand 15% du foncier n’est pas sécurisé ?
« Un contrat bâti sur des fondations fragiles est comme une maison construite sur le sable. Il suffit d’une tempête — ou d’un recours au tribunal administratif — pour que tout s’effondre. »
V. La vérité sur l’origine du projet
Il convient maintenant de rétablir une vérité que la communication municipale a soigneusement omise : ce projet n’est pas une initiative de la municipalité de Noisy-le-Sec.
Il ne s’agit pas d’une vision née dans les bureaux de l’Hôtel de Ville, ni d’un programme environnemental élaboré par nos élus. Non. Ce projet trouve son origine dans une obligation légale qui incombe au SYCTOM.
Le SYCTOM — Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères — a détruit des habitats naturels lors de la modernisation de son centre de Romainville-Bobigny. Des orthoptères, des insectes, des espèces protégées ont perdu leur territoire. La loi française impose une règle simple : celui qui détruit doit compenser. Éviter d’abord, réduire ensuite, compenser en dernier recours.
Le SYCTOM ne vient donc pas en bienfaiteur distribuer des cadeaux verts à notre commune. Il vient honorer une dette écologique. Une obligation juridique. Un impératif que l’État sanctionnerait s’il n’était pas respecté.
Mais dans la délibération présentée par Monsieur Lacaille-Albiges, cette réalité s’efface. On célèbre « les bénéfices environnementaux », on vante « la restauration de la biodiversité ». La majorité municipale se drape dans un manteau de verdure qu’elle n’a pas tissé.
Il y a ceux qui plantent les arbres, et ceux qui se photographient devant. Le jardinier sue, l’élu sourit. C’est l’ordre naturel des choses en période préélectorale.
VI. L’Équation invisible : quand les hectares s’évaporent dans le brouillard des négociations
Il existe des mystères que l’on préfère ne pas élucider. Des questions que l’on choisit de ne pas poser, de peur que les réponses ne viennent troubler le fragile équilibre de nos certitudes.
Dans les couloirs feutrés où se négocient les accords entre institutions, les chiffres ont parfois cette étrange faculté de se faire discrets, de s’effacer poliment pour ne pas embarrasser ceux qui les manipulent.
Voyez-vous, les mathématiques possèdent cette vertu cruelle : elles ne mentent jamais. Elles se contentent d’attendre, patientes et implacables, que quelqu’un daigne les consulter.
Les documents officiels établissent avec une clarté cristalline que le besoin compensatoire du SYCTOM s’élevait à 1,5 hectare. C’est le tribut que la loi exigeait pour absoudre la dette contractée envers la nature lors de la modernisation du centre de Romainville/Bobigny. Un hectare et demi. Pas un mètre carré de moins.
Or, que découvre-t-on lorsqu’on additionne les surfaces réellement mises à disposition ?
Est Ensemble 8 550,40 m² → 0,855 ha
Ville de Noisy-le-Sec1 263,62 m² → 0,126 ha
Total 9 814 m² → 0,981 ha
Oui, les chiffres sont têtus. Ils refusent de se plier aux convenances administratives.
0,98 hectare au lieu de 1,5 hectare. Plus d’un demi-hectare s’est volatilisé quelque part entre l’obligation légale et sa concrétisation.
Cinq mille mètres carrés de compensation écologique qui se sont évanouis dans les interstices d’un contrat, comme la rosée du matin sous le premier rayon de soleil.
Le Tour de Prestidigitation
Il y a, dans chaque négociation, un moment où l’un des partenaires découvre qu’il peut demander moins que ce qu’il doit. Ce moment est généralement suivi d’un autre, plus troublant encore : celui où l’autre partie accepte.
Par quel subtil glissement sémantique le SYCTOM a-t-il réussi à transformer une obligation de 1,5 hectare en une compensation de 0,98 hectare ? Les documents évoquent pudiquement une « zone concernée » de 1,5 hectare — le périmètre global, le décor de la pièce — mais l’assiette foncière réellement contrainte ne représente que ces fameux 0,98 hectare.
La différence ? Elle s’appelle 35% de remise sur une dette écologique. Le SYCTOM devait rembourser un hectare et demi à la nature ; il s’en acquitte avec moins d’un hectare. Et personne, semble-t-il, n’a jugé utile d’en informer les élus appelés à voter.
La Question que Personne ne Pose
Dans toute histoire, il y a les questions que l’on brandit fièrement en réunion publique, et celles que l’on murmure à peine, de peur qu’elles ne révèlent ce que l’on préférait ignorer.
Qui a validé cette réduction ? Sur quels critères scientifiques ? Quelles garanties notre commune a-t-elle obtenues en contrepartie de cette « faveur » accordée au SYCTOM ?
Ces interrogations flottent, sans réponse, dans les documents soumis au Conseil Municipal. Comme ces fantômes que l’on aperçoit du coin de l’œil mais que l’on feint de ne pas voir.
VII. L’arithmétique du calendrier
Les dates, voyez-vous, ne mentent jamais. Elles forment des motifs que seuls les observateurs attentifs savent déchiffrer.
29 janvier 2025 : Est Ensemble signe un accord de principe. 1er avril 2025 : le Maire signe à son tour, sans attendre le Conseil Municipal. 13 novembre 2025 : la Délibération N°18 est votée, en pleine période préélectorale. 1er trimestre 2026 : signature prévue du contrat définitif.
Après les élections municipales de mars.
Quelle étrange chorégraphie. On demande aux élus d’engager la ville pour trente ans maintenant, en novembre 2025. Mais la signature définitive — celle qui cristallise vraiment les obligations — attendra sagement que les urnes aient parlé.
La vitrine verte avant les élections. Les contraintes et les factures après. C’est un classique du genre, presque une signature.
Épilogue : Le son du silence
Et maintenant, permettez-moi de vous raconter le plus savoureux des épilogue.
À Noisy-le-Sec, depuis 2020, Monsieur le Maire a choisi la méthode minimale pour la transparence démocratique : un simple fichier audio des conseils municipaux, mis en ligne sur YouTube. Pas de vidéo comme dans des centaines de communes — même bien plus petites. Pas de retransmission en direct. Pas de chapitrage. Juste l’audio brut, quatre à six heures, souvent publié avec des semaines de retard. Le strict minimum légal. Le son a perdu de sa qualité au fil des moi pour être quasi inaudible.
Mais pour le conseil du 13 novembre 2025 — celui où fut votée cette fameuse Délibération N°18 — quelque chose d’extraordinaire s’est produit. Le fichier audio a bien été mis en ligne. Sauf que cet audio…ne contient aucun son.
Rien. Le néant absolu. Pas une voyelle, pas une consonne. Pas un murmure, pas un souffle. Un fichier audio muet. L’oxymore fait institution.
Pendant une semaine entière, personne ne s’en était aperçu — car qui, en vérité, écoute ces enregistrements interminables ? L’article L.2121-15 du CGCT exige une retranscription fidèle des débats dans le procès-verbal. Le procès-verbal officiel renvoie vers cet enregistrement YouTube. Mais l’enregistrement est muet. Un fichier audio sans audio. Un cercle parfait d’opacité.
Ce que les Noiséens méritaient d’entendre
Oui, il existe des élus qui confondent gouverner et dissimuler. Qui prennent le silence des citoyens pour un consentement, et leur confiance pour une carte blanche. Monsieur Lacaille-Albiges a présenté sa délibération comme on présente un bouquet de fleurs — en cachant soigneusement les épines.
Mais les épines finissent toujours par piquer. Et les Noiséens, voyez-vous, commencent à saigner.
Ce qu’ils auraient dû entendre avant le vote ? Que cette délibération engage leur ville pour trente ans. Que les coûts réels sont absents du texte. Que le contrat est déséquilibré. Que les fondations juridiques sont fissurées. Que personne — personne — n’a demandé leur avis aux habitants du quartier.
Alors oui, nous demandons le retrait de cette délibération bâclée. Nous demandons une vraie concertation — pas une réunion d’information après coup, mais une consultation avant que tout soit décidé. Nous demandons des chiffres, des vrais, pas des cases vides dans un avant-contrat que personne n’a lu. Nous demandons que les vices de procédure soient corrigés — l’habilitation d’Est Ensemble, l’accord de la RATP, les signatures dans le bon ordre.
Et surtout, nous demandons que ce processus soit suspendu jusqu’après les élections de mars 2026. Car un engagement de trente ans ne devrait pas être voté dans l’ombre d’une campagne électorale, entre deux poignées de mains et trois promesses de marché.
Il y a des élus qui parlent de transparence comme d’autres parlent du beau temps — par politesse, sans y croire vraiment. Monsieur Lacaille-Albiges a présenté sa délibération. Il a vanté ses mérites écologiques. Il a célébré ce partenariat vertueux. Mais quand on cherche la trace de ses explications sur les coûts, sur les risques, sur l’absence de concertation… on ne trouve rien. Comme dans cet enregistrement audio du conseil municipal. Rien. Le vide. Le silence.
Oui, Monsieur Lacaille-Albiges ne nous a pas tout dit. Peut-être pensait-il que nous n’avions pas besoin de savoir. Peut-être pensait-il que trente ans, après tout, ce n’est pas si long. Peut-être pensait-il que les Noiséens avaient mieux à faire que de lire les annexes d’une délibération technique.
Il avait tort.
Car voyez-vous, un engagement de trente ans méritait au moins trente jours de concertation. Les Noiséens n’ont eu droit ni à l’un, ni à l’autre. Mais ils ont la mémoire longue. Et les élections, elles, approchent.
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.Les faits, citations et témoignages évoqués reposent sur des éléments disponibles, des documents syndicaux publics et des informations d’intérêt général au moment de la publication.Aucune imputation personnelle de nature diffamatoire n’est formulée à l’encontre d’un individu déterminé.
L’article relève d’une démarche d’information et d’analyse sur le fonctionnement institutionnel d’une collectivité publique, sans intention de nuire ni d’atteindre à l’honneur d’une personne.Toute précision ou rectification documentée sera naturellement publiée à la demande des intéressés dans le respect du droit de réponse.
Echanges M LACAILLE-ALBIGES/ M DUARTE
Réponse de M. Florent LACAILLE-ALBIGES
Dimanche, j’ai reçu un mail verbeux pour reprendre les affabulations de notre opposition au sujet d’une délibération du dernier conseil municipal.
Dimanche, je me suis remémoré les échanges longs et complexes menés au sein de notre majorité et avec des citoyens engagés en faveur de la biodiversité pour détailler ce qu’est une compensation écologique, quelles sont ses nombreuses limites et pourquoi ça a de l’intérêt dans ce cas spécifique.
Dimanche, j’ai été affligé par la faiblesse des arguments de notre opposition qui s’inquiète qu’on soit éventuellement obligés d’entretenir un caniparc pendant trente ans, alors même que ce caniparc n’est justement pas dans le périmètre protégé par la délibération.
Dimanche, je me suis demandé s’ils pensaient autant à l’avenir de notre ville quand ils vendaient des espaces verts à des promoteurs immobiliers (pour bien plus que trente ans).
Dimanche, je n’ai pas répondu au mail verbeux parce que je n’avais pas la patience de relire chacune de mes phrases trois fois avant de deviner laquelle serait tordue afin de lui faire dire le contraire de ce qu’elle exprimait.
Bref, dimanche, j’ai préféré aller avec mes filles au Muséum d’histoire naturelle pour leur parler de science et de biodiversité, comme je le fais depuis des années, parfois par le journalisme, parfois par la médiation des sciences et parfois en politique…
Et c’est probablement pour ça que les articles mensongers me passent au dessus de la tête. Bonne journée M. Duarte.
Réponse de François Duarté
Monsieur Lacaille-Albiges,
J’ai pris connaissance de votre réponse publique à mon courrier du 8 décembre 2025. Permettez-moi quelques observations.
Sur la forme, d’abord.
Mon courrier était adressé à trois destinataires : Madame A., vous-même, et Monsieur le Maire. Vous avez choisi de vous ériger en porte-parole unique de cette majorité pour y répondre — publiquement, sur les réseaux sociaux, dans un registre qui relève davantage du commentaire de comptoir que de la réponse administrative. Soit.
Vous qualifiez mon courrier de « verbeux ». Je note que dix questions précises, sourcées, numérotées, vous paraissent excessives. J’ignorais que la concision démocratique se mesurait à l’aune de votre patience dominicale.
Sur le fond, ensuite — ou plutôt sur son absence.
Votre réponse ne répond à rien. Pas un mot sur les coûts de gestion du caniparc à la charge de la Ville. Pas un mot sur l’écart de 35% entre l’obligation compensatoire et la surface effectivement mise à disposition.
Pas un mot sur l’asymétrie contractuelle qui expose la commune sans protéger ses intérêts.
Pas un mot sur l’accord de principe signé par le Maire le 1er avril 2025, antérieurement à toute délibération.
Pas un mot sur l’absence de concertation citoyenne.
Pas un mot sur l’enregistrement audio du Conseil Municipal — muet, littéralement.
Vous préférez parler de vos filles au Muséum d’histoire naturelle. C’est charmant. Mais les Noiséens, eux, attendent des réponses sur un engagement de trente ans.
Sur vos accusations, enfin.
Vous parlez d’« affabulations », d’« articles mensongers », de questions « tordues ». Fort bien.
Alors démontrez-le. Citez une seule inexactitude dans mon courrier. Une seule. Je vous mets au défi.
Quant à votre remarque sur « ceux qui vendaient des espaces verts à des promoteurs » — outre qu’elle ne me concerne pas personnellement, elle constitue l’aveu d’une incapacité à défendre votre propre dossier autrement que par la diversion.
C’est une technique rhétorique connue ; elle ne trompe personne.
Sur l’attitude que vous incarnez.
Elle est décevante, Monsieur Lacaille-Albiges. Profondément décevante.
Vous êtes rapporteur d’une délibération engageant notre commune pour trois décennies. Un citoyen — lanceur d’alertes certifié, président d’une association de veille démocratique — vous pose dix questions documentées. Et votre réponse tient en ceci : « Je n’avais pas la patience de relire mes phrases trois fois. »
Est-ce là le standard de transparence que cette majorité entend offrir aux Noiséens ? Est-ce ainsi que vous concevez le débat démocratique — en qualifiant de « verbeux » tout ce qui dépasse trois lignes, et de « mensonger » tout ce qui vous dérange ?
Les habitants de Noisy-le-Sec méritent mieux que des pirouettes sur Facebook. Ils méritent des réponses. Vous leur devez des réponses. C’est votre fonction. C’est votre honneur d’élu.
Je reste, comme je l’ai toujours été, ouvert au dialogue. La porte n’est fermée que pour ceux qui refusent de répondre.
François Duarté
Président de l’association SENTINELLE-DUARTÉ
Lanceur d’alertes certifié
P.S. : Ma question sur l’enregistrement audio muet du Conseil Municipal du 13 novembre 2025 demeure entière. L’article L.2121-18 du CGCT et l’article 16 de votre propre règlement intérieur prévoient la retransmission des débats. Un fichier sans son n’est pas une retransmission — c’est un dysfonctionnement. Ou un choix. Dans les deux cas, les Noiséens attendent une explication.
Réponse de M. Florent LACAILLE-ALBIGES
En publiant votre article quelques heures après votre mail, vous ne m’avez pas vraiment laissé le temps de répondre…
Vous pourriez reconnaitre simplement que vous n’en aviez que faire, voire que mes réponses vous auraient encombré parce que, comme je les ai détaillées lors du conseil, vous savez que je connais bien le dossier.
Je ne prendrai pas plus de temps pour échanger avec vous. Si le sujet vous intéresse vraiment, relisez les documents, vous comprendrez peut-être enfin que le caniparc est hors du périmètre de compensation (donc hors de l’engagement de 30 ans).
Par ailleurs, si vous vous intéressez aux compensations du Syctom, un bilan d’enquête publique vient de paraître qui vous apprendra que le parc des Guillaumes n’est pas le seul lieu de compensation.
Réponse de François Duarté
Monsieur Lacaille-Albiges,
Je vous remercie pour cette seconde réponse. Elle a au moins le mérite d’aborder — enfin — un élément technique du dossier. Permettez-moi néanmoins quelques observations.
Sur la chronologie que vous m’imputez
Vous m’accusez d’avoir publié « quelques heures après » mon mail, sans vous laisser le temps de répondre.
Permettez-moi de rétablir les faits : c’est vous qui avez choisi de répondre publiquement sur les réseaux sociaux, en évoquant votre dimanche au Muséum avec vos filles, votre « patience » épuisée, et en qualifiant mes questions d’« affabulations » et d’« articles mensongers » — le tout sans répondre à une seule des dix questions posées.
Vous avez ouvert le débat public. Je l’ai poursuivi.
Si vous aviez souhaité un échange privé et approfondi, il vous suffisait de répondre à mon courrier par courrier. Vous avez préféré Facebook. Assumez-le.
Sur votre posture d’élu
Monsieur Lacaille-Albiges, vous êtes élu de la République. Rapporteur d’une délibération engageant notre commune pour trente ans. Ce statut impose une certaine tenue — non pas par formalisme, mais parce que les Noiséens sont en droit d’attendre de leurs représentants qu’ils répondent aux questions plutôt qu’ils ne les balaient d’un revers de main agacé.
Votre fonction n’est pas de raconter vos week-ends familiaux à ceux qui vous interrogent sur les deniers publics. Elle est de rendre compte. De justifier. D’expliquer. Même — et surtout — quand les questions vous dérangent.
Sur le caniparc — puisque vous y tenez
Vous affirmez que le caniparc est « hors du périmètre de compensation » et donc « hors de l’engagement de 30 ans ». Fort bien.
Mais alors, Monsieur Lacaille-Albiges, pourriez-vous m’expliquer pourquoi ce caniparc figure expressément dans l’avant-contrat soumis au vote du Conseil municipal ?
Je cite l’Article 4 — Définition et conditions de réalisation du programme d’action des mesures de compensation :
Le caniparc de 700 m², financé par Est Ensemble, sera géré par la Ville de Noisy-le-Sec.
Si cet équipement est véritablement « hors périmètre », pourquoi l’intégrer dans un contrat portant précisément sur les mesures de compensation environnementale ? Pourquoi lier contractuellement la Ville à sa gestion dans un document qui engage les parties pour trois décennies ?
Soit le caniparc fait partie du dispositif contractuel — et ma question sur les coûts de gestion à la charge de la Ville est parfaitement légitime.
Soit il n’en fait pas partie — et sa présence dans l’avant-contrat constitue une anomalie rédactionnelle qu’il conviendrait de corriger avant la signature définitive.
Dans les deux cas, votre réponse lapidaire n’épuise pas le sujet. Elle l’épaissit.
Sur l’usage que vous pourriez faire de mes remarques
Monsieur Lacaille-Albiges, cessez de voir les organes de presse et les lanceurs d’alertes comme des adversaires à disqualifier.
Voyez-les plutôt comme ce qu’ils sont : des vigies démocratiques dont les questions — même inconfortables — peuvent vous être utiles.
Mes dix questions pointaient des zones d’ombre dans l’avant-contrat : asymétrie des clauses de résiliation, absence de chiffrage des coûts pour la Ville, écart entre l’obligation compensatoire et la surface effective, accords de principe signés avant délibération, absence de concertation citoyenne documentée.
Plutôt que de vous arc-bouter sur une posture défensive, exploitez ces remarques pour peaufiner le contrat définitif. Sécurisez les intérêts de la Ville. Clarifiez les ambiguïtés. Documentez ce qui ne l’est pas.
Ce serait honorer votre mandat.
Sur la suite
Vous évoquez le bilan d’enquête publique et d’autres sites de compensation. Je les lirai avec attention, comme je lis tous les documents publics relatifs à ce dossier.
Mais sachez ceci : je serai vigilant jusqu’à la signature définitive.
Si le contrat final présente des irrégularités — clauses déséquilibrées, engagements pris sans habilitation, absence de provisions budgétaires pour les charges transférées à la Ville — un recours administratif sera déposé devant le Tribunal administratif de Montreuil.
Non par esprit de chicane, mais parce que les Noiséens méritent un contrat qui protège leurs intérêts, pas un engagement de trente ans négocié dans l’approximation.
En conclusion
Monsieur Lacaille-Albiges, je ne doute pas de votre connaissance du dossier. Je doute de votre volonté d’y répondre publiquement et sereinement.
Vous connaissez les compensations écologiques. Vous connaissez les limites du dispositif. Vous l’avez dit vous-même. Alors partagez cette connaissance avec les Noiséens, plutôt que de la brandir comme un argument d’autorité pour clore le débat.
Un élu qui connaît son dossier n’a rien à craindre des questions. Il y répond.
Je reste, comme je l’ai toujours été, ouvert au dialogue. La porte n’est fermée que pour ceux qui refusent de répondre.
François Duarté
Président de l’association SENTINELLE-DUARTÉ
Lanceur d’alertes certifié
P.S. : Ma question sur l’enregistrement audio muet du Conseil Municipal du 13 novembre 2025 demeure sans réponse. L’article 16 de votre règlement intérieur prévoit l’enregistrement des débats et leur mise à disposition. Un fichier sans son n’est ni un enregistrement ni une mise à disposition. Quand les Noiséens pourront-ils entendre les débats qui ont précédé ce vote ?

