Il autorise à lancer un appel à candidatures en février 2025, quand le candidat retenu exerce déjà depuis deux ans. Et surtout, il donne cette assurance tranquille avec laquelle on présente une régularisation administrative comme une mise en concurrence démocratique. Dans les villes où tout le monde se connaît, les faveurs ont toujours un visage familier — celui d’une ancienne collègue institutrice, celui d’un directeur de campagne qu’on n’a jamais vraiment oublié. Et les dettes, elles, se remboursent en postes créés sur mesure.
Oui, le culot est une vertu singulière. Il permet de recruter un ami politique en novembre 2023, alors que le poste qu’il est censé occuper n’existera officiellement qu’en avril 2024. Il autorise à lancer un appel à candidatures en février 2025, quand le candidat retenu exerce déjà depuis deux ans. Et surtout, il donne cette assurance tranquille avec laquelle on présente une régularisation administrative comme une mise en concurrence démocratique.
Monsieur D. avait soixante-dix ans lorsqu’il fut choisi pour devenir médiateur de la ville. Un âge respectable, qui dépasse de trois années la limite autorisée dans la fonction publique territoriale. Problème ? Pas vraiment. Il suffit d’un peu d’imagination administrative.
On mobilise alors le statut de « vacataire » — un montage sur mesure qui contourne élégamment les règles d’âge, évite l’intégration aux effectifs et maintient une précarité contractuelle. Voilà donc un maire communiste qui dénonce la précarisation du travail et milite pour la retraite à soixante ans, recrutant un septuagénaire en vacation jusqu’à soixante-treize ans. Ce n’est pas de l’hypocrisie. C’est de la contradiction politique assumée.
Mais le plus beau reste peut-être le rapport d’activité. Dix-sept pages. L’épaisseur impressionne. Le contenu, lui, révèle autre chose. Huit pages de définitions générales copiées de manuels théoriques. Trois pages présentant une association nationale et une carte de France. Et au milieu de ce remplissage savant ? Onze médiations effectives pour une ville de quarante-cinq mille habitants. Moins de trois saisines par mois. Soixante-cinq pour cent de réorientations vers d’autres organismes.
On ne demande pas au médiateur d’expliquer ce qu’est la médiation. On lui demande ce qu’il a fait pour les Noiséens.
Parfois, les questions les plus simples restent sans réponse. Sur quelle base juridique M. D. fut-il recruté avant que le poste n’existe ? Sur quelle ligne budgétaire fut-il rémunéré pendant ces mois fantômes ? Pourquoi le jury de recrutement était-il présidé par le maire lui-même, cet homme qui devait tant à son ancien directeur de campagne ?
À ce propos, il est des coïncidences que seules les petites villes savent produire. Car voyez-vous, l’épouse de M. D. fut institutrice pendant de longues années. Dans quelle école, me demanderez-vous ? Celle-là même où notre maire officiait comme directeur. Elle dans sa classe, lui dans son bureau.
Des années de conseils d’école partagés, de réunions pédagogiques, de couloirs familiers. Certains appelleraient cela un réseau. D’autres, une famille élargie. La Sagesse Mère, elle, y voit simplement la confirmation d’une vérité universelle : dans les villes où tout le monde se connaît, les faveurs ont toujours un visage familier, et les dettes se remboursent en postes créés sur mesure.
Oui, le culot est un art exigeant. Il demande de l’aplomb, de la constance, et cette capacité rare à soutenir le regard de ceux qu’on trompe avec le sourire de ceux qui rendent service. Mais comme tout art, il finit parfois par trouver ses critiques. Et devant le tribunal administratif de Montreuil, deux recours attendent patiemment leur heure. Car voyez-vous, l’audace a ses limites.
Et ceux qui prétendent habiller leurs faveurs en procédures oublient parfois que certains citoyens savent encore lire entre les lignes — et n’hésitent plus à tourner les pages jusqu’au chapitre de la justice.
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