ce mois de décembre 2024, à Noisy-le-Sec, cinq erreurs d’évaluation se sont accumulées sur le dossier de l’Union Franco-Musulmane. Cinq erreurs, cinq surcoûts, soixante-sept mille euros de « miracles » comptables — tous dans le même sens. Car les statisticiens vous le diront : quand le hasard choisit toujours le même camp, il cesse d’être le hasard pour devenir autre chose. Quelque chose que les fidèles de la rue Paul Verlaine appellent simplement le prix de leur confiance.
Il existe dans les cours de mathématiques une règle que tous les enfants apprennent en CM2 : pour arrondir 464, on obtient 460, jamais 500.
Mais dans les bureaux de la Direction des Finances Publiques, en ce mois de décembre 2024, quelqu’un connaissait manifestement une arithmétique plus… créative.
Une arithmétique où 464 devient miraculeusement 500. Pour l’Union Franco-Musulmane de Noisy-le-Sec, cet « arrondi » représentait 18 400 euros de surcoût. Un détail, n’est-ce pas ?
Sauf que les détails, voyez-vous, ont cette particularité troublante : quand ils s’accumulent tous dans le même sens, ils cessent d’être des détails pour devenir un système.
Premier miracle : 511,68 mètres carrés se transforment en 514 mètres carrés. Deux virgule trente-deux mètres carrés apparaissent de nulle part, comme par magie cadastrale. Surcoût : 1 160 euros.
Deuxième miracle : ce fameux arrondi où 464 euros le mètre carré bondissent joyeusement à 500 euros. Augmentation de 7,7%, aussi naturelle qu’un coup de pouce providentiel. Surcoût : 18 400 euros.
Troisième miracle : l’autoroute A3 et ses quatre-vingts décibels quotidiens disparaissent des calculs. L’évaluateur les décrit, les constate, puis les ignore totalement. Décote appliquée : zéro euro. Surcoût : 38 512 euros.
Quatrième miracle : un lieu de culte sans rendement commercial vaut soudain autant qu’un immeuble de bureaux. Décote pour usage cultuel : zéro euro. Surcoût : 9 503 euros.
Cinquième miracle : la marge de négociation de 10% prévue par la loi s’évapore mystérieusement. Personne n’en parle à l’association. Surcoût : 25 700 euros.
Total des miracles : 67 000 euros. Cinq erreurs, cinq surcoûts. Zéro erreur en faveur de l’acquéreur. Les statisticiens appelleraient ça un biais systématique. Les juristes parleraient peut-être de discrimination. Les fidèles de l’UFMN, eux, appellent ça simplement le prix de leur confiance.
Car pendant que l’association payait 500 euros le mètre carré pour un terrain coincé entre une autoroute et une cité HLM, une société de construction obtenait le même jour un terrain en zone d’activités pour 107,70 euros le mètre carré. Même conseil municipal, même date, même élue rapporteuse. Juste deux arithmétiques différentes.
Alors voici une proposition d’une simplicité désarmante : si le prix de 107,70 euros le mètre carré est juste pour 1 207 mètres carrés en zone d’activités près de la gare, pourquoi ne le serait-il pas pour 512 mètres carrés entre une autoroute et des délaissés routiers ? Le terrain de l’UFMN coûterait alors 55 136 euros au lieu de 257 000 euros. Économie : 201 864 euros.
Pourquoi pas, en effet ? Les terrains handicapés devraient coûter moins cher que les terrains privilégiés, pas l’inverse. C’est une règle du marché aussi vieille que l’immobilier lui-même. Sauf, apparemment, quand on confond sollicitude municipale et arithmétique sélective.
L’hiver s’installait sur Noisy-le-Sec. Dans les locaux de l’UFMN, rue Paul Verlaine, les fidèles continuaient de compter leurs économies. Soixante-sept mille euros d’erreurs, toutes dans le même sens. De l’autre côté de la ville, une société de construction avait économisé cinq cent mille euros grâce à la générosité municipale.
Deux transactions, deux traitements, une seule arithmétique : celle qui transforme les erreurs en système, et la confiance en facture.
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