
On l’appelle le coup bas politique. Et comme tout sport de contact, il laisse des traces — rarement sur ceux qui frappent, toujours sur ceux qui encaissent.
Ce matin d’hiver, en parcourant les réseaux sociaux de Noisy-le-Sec, vous êtes peut-être tombé sur une image qui circulait de profil en profil, avec l’empressement d’une rumeur de marché. Un vieil article du Parisien, exhumé comme on déterre un os dans un jardin, accompagné d’une caricature où figurait un chiffre : 83.
Quatre-vingt-trois procédures juridiques, attribuées à un élu d’opposition. Le tout présenté avec cette fausse innocence que l’on reconnaît aisément chez ceux qui feignent de s’étonner alors qu’ils ont eux-mêmes allumé l’incendie.
Oui, il y a des gens qui fouillent les archives comme d’autres fouillent les poubelles — avec méthode, discrétion, et l’espoir de trouver quelque chose qui sent suffisamment mauvais pour être utile.
Permettez-moi d’abord une rectification que les fossoyeurs n’ont pas jugé bon de faire : le chiffre réel est bien plus élevé que 83. Mais au fond, est-ce le nombre qui les dérange, ou le principe même qu’un élu ose contrôler la légalité des décisions municipales ?
Car de quoi parle-t-on exactement ? De recours pour excès de pouvoir. Pas de caprices procéduriers, pas de vendettas personnelles.
Des recours devant le juge administratif, pour contester des décisions estimées contraires au droit. C’est le fondement même de l’État de droit. C’est la colonne vertébrale de notre démocratie locale.
t quand l’urgence commande, il existe un mécanisme que tout juriste connaît : le référé suspension. Une seconde requête, déposée en parallèle, pour demander au juge de geler immédiatement une décision le temps que le fond soit tranché. Ce n’est pas du zèle, c’est de la rigueur. Ce n’est pas de l’acharnement, c’est de la vigilance.
Alors oui, cette caricature fait sourire. Elle est même censée faire réfléchir. Mais réfléchissons vraiment. Un élu qui ne questionne jamais la légalité des décisions, c’est un élu qui dort. Un élu qui saisit le juge quand le droit est bafoué, c’est un élu qui veille.
Et c’est précisément cela que l’extrême gauche et la gauche extrême de Noisy-le-Sec ne supportent pas. Non pas le nombre de recours, mais l’existence même d’un regard qui scrute, d’une voix qui interroge, d’une main qui soulève le tapis sous lequel on a balayé tant de choses.
Car la vraie question n’est pas de savoir combien de recours ont été déposés. La vraie question est de savoir combien de décisions illégales auraient prospéré sans personne pour les contester. Combien d’excès de pouvoir seraient restés impunis. Combien de droits des Noiséens auraient été piétinés dans l’indifférence générale.
Oui, dans les villes denses et diversifiées du Grand Paris, les coups bas politiques suivent toujours le même rituel : on déterre, on déforme, on diffuse, et on attend que la boue fasse son œuvre. Mais ceux qui pratiquent ce sport oublient une chose essentielle.
Dans une démocratie qui fonctionne, on ne reproche pas à un élu d’exercer ses droits constitutionnels. On remercie celui qui a le courage de le faire.
Moi, je préfère un veilleur à un dormeur. Pas vous ?
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.