Ce jeudi 2 octobre 2025, dans la salle des mariages de l’hôtel de ville de Noisy-le-Sec, Olivier Sarrabeyrouse s’apprêtait à défendre les ajustements de son budget 2025. Face à lui, Jean-Paul Lefebvre, opposant depuis quarante ans, allait rappeler une vérité simple : les chiffres d’un maire ne mentent pas, mais leur présentation peut être trompeuse.
Le budget selon Sarrabeyrouse : l’art de l’équilibre apparent
À Noisy-le-Sec, le maire Olivier Sarrabeyrouse a découvert une vérité profonde : l’équilibre budgétaire est un art qui tient davantage de l’illusionnisme que de la comptabilité. 3,87 millions d’euros de solde positif – un chiffre que la municipalité brandit fièrement, comme une fanfare célébrant la rigueur gestionnaire.
Car voyez-vous, dans les conseils municipaux comme dans la vie, ce qui compte pour certains élus n’est pas tant la réalité des chiffres que l’art de leur présentation.
Derrière les dotations aux amortissements et les provisions, derrière les opérations d’ordre qui font danser les colonnes budgétaires, se cache une vérité moins glorieuse : l’épargne nette est bien inférieure à l’annuité de la dette. Autrement dit, la ville emprunte pour rembourser ce qu’elle a emprunté – un exercice d’équilibriste où l’on pédale très vite pour rester immobile.
Les recettes fiscales augmentent ? Non pas pour financer de grands projets ou transformer la ville, mais pour compenser la faiblesse des marges et maintenir le navire à flot. Une navigation « à vue », comme disent les marins prudents – ou les gestionnaires sans vision.
Dans les mairies bien gérées, on distingue deux types de priorités : celles qui construisent l’avenir, et celles qui évitent le naufrage. Le maire de Noisy-le-Sec a fait son choix.
La contre-offensive de Lefebvre : 195 000 euros pour la communication
Mais ce soir du 2 octobre, Jean-Paul Lefebvre, élu d’opposition, n’était pas venu pour applaudir. Avec la précision d’un juriste qui a passé quarante ans à décortiquer les budgets municipaux, il dévoila un détail révélateur.
Le maire proposait 195 000 euros de dotations supplémentaires pour le SIPLARC – cet organisme intercommunal dont la présidente multiplie, selon Lefebvre, les dépenses de communication inutiles en raison d’une « mauvaise gestion ».
Dans les communes urbaines populaires de la petite couronne parisienne, l’argent public a des affinités électives. Certains postes budgétaires sont plus égaux que d’autres.
195 000 euros. Jean-Paul Lefebvre soulignait l’ironie de cette somme qui ne trouvait pas son chemin vers d’autres priorités :
– Rien pour les aires de jeux des enfants – ces espaces où les plus jeunes devraient pouvoir jouer en sécurité
– Rien pour réhabiliter la Plaine des jeux – ce lieu qui pourrait redevenir un poumon de loisirs
– Rien pour améliorer la sécurité nocturne – notamment en faisant respecter les horaires de certains commerces
Car dans la ville d’Olivier Sarrabeyrouse, l’argent public préfère les dépenses de communication intercommunale aux aires de jeux locales, les organismes lointains aux espaces de proximité.
La question qui dérange : pourquoi ces priorités ?
Jean-Paul Lefebvre posait dans sa première question orale la question qui fâche : pourquoi 195 000 euros de plus pour la communication, et rien pour le quotidien des Noiséens ?
La réponse, en creux, dessinait une philosophie de gestion : quand on manque de marge de manœuvre, on choisit ses priorités. Dans le budget Sarrabeyrouse, les aires de jeux ne figurent pas en haut de la liste.
Dans les budgets comme dans la vie, nos choix révèlent nos vraies priorités. On peut parler d’équilibre des comptes tout en créant des déséquilibres flagrants dans les priorités politiques.
Une gestion défensive sans ambition
Les habitants voient leurs impôts augmenter. Ils attendent des projets structurants, des investissements pour leurs enfants, une ville plus sûre la nuit.
Ce que la municipalité Sarrabeyrouse leur offre ? La conformité légale, la couverture des charges courantes, des dotations pour la communication intercommunale, et la promesse que demain ne sera pas pire qu’aujourd’hui.
Jean-Paul Lefebvre dénonce une gestion « minimale et défensive » : une municipalité qui privilégie l’équilibre comptable sur le papier, mais n’offre « aucune réponse ambitieuse aux défis de la ville ».
Car dans certaines villes, l’ambition n’est plus de grandir, mais simplement de ne pas tomber. C’est moins spectaculaire, mais tellement plus sûr. Et puis, une bonne communication peut toujours donner l’illusion du mouvement.
La leçon d’un budget municipal
La leçon est limpide, et Jean-Paul Lefebvre la décortique avec la clarté d’un opposant qui a vu passer quarante années de budgets :
Quand on manque de marge de manœuvre, on fait de la gestion défensive une stratégie. Quand on a 195 000 euros, on les donne à la communication plutôt qu’aux aires de jeux. Quand on manque de projets structurants, on fait de l’équilibre comptable une vertu. Quand on manque de vision, on fait de la prudence un programme politique.
Oui, à Noisy-le-Sec, l’équilibre budgétaire du maire Sarrabeyrouse est respecté – sur le papier. Les dotations au SIPLARC sont généreuses. La communication intercommunale est bien financée.
Mais comme le rappelait Jean-Paul Lefebvre ce soir-là : certaines villes ont des ambitions pour leurs enfants, d’autres ont des comptes formellement équilibrés et une bonne communication. Rarement les trois à la fois.
Face au maire qui défendait son budget, l’opposant rappelait simplement que les choix budgétaires ne sont jamais neutres. Ils révèlent toujours une vision – ou son absence. Entre 195 000 euros pour la communication et zéro euro pour les aires de jeux, le maire Olivier Sarrabeyrouse avait fait son choix. Jean-Paul Lefebvre le dénonçait.
@Dref Mendaci, élu d’opposition, observait cette prudence budgétaire avec l’impatience de celui qui voit passer une opportunité. Pour lui, emprunter pour rembourser ses dettes, c’était comme repeindre une maison qui attend d’être agrandie. Alors que les taux d’intérêt demeuraient historiquement bas, la ville aurait pu, selon lui, saisir ce moment de grâce financière pour bâtir quelque chose de durable. Mais certains maires préfèrent la sécurité d’un budget équilibré aux promesses d’un avenir transformé.
Car dans les conseils municipaux comme dans la vie, il faut toujours quelqu’un pour rappeler que l’équilibre des comptes ne suffit pas quand on déséquilibre les priorités. Et ce soir-là, ce quelqu’un portait le poids de quarante années de vigilance républicaine.
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