48 heures pour que la machine administrative se mette en marche. 48 heures pour qu’un email tombe, glacial, dans la boîte de réception d’une Noiséenne qui n’avait commis qu’un seul crime : organiser un salon de l’entrepreneuriat féminin dans un gymnase municipal.
Car voici les faits. Et les faits, eux, ne mentent pas.
En février 2026, Fatima Moussa, présidente de l’association UPEI, obtient par écrit la mise à disposition du gymnase Marcel Gentilini pour le 5 avril. Un salon dédié à l’entrepreneuriat féminin.
Des exposantes qui réservent leurs espaces. Des participations encaissées. Du matériel commandé. Des partenaires mobilisés. Un événement construit méthodiquement, pierre par pierre, au service des femmes entrepreneuses de notre ville.
Puis vient l’élection. Puis vient la réélection de Monsieur Sarrabeyrouse. Puis vient — ô surprise — l’annulation.
Le 24 mars 2026, à 15h45 — soit deux jours, deux petits jours après le second tour — la Directrice Générale Adjointe de la ville adresse un courriel d’une froideur bureaucratique exemplaire. Le motif ? Accrochez-vous : un « réexamen des conditions d’utilisation des équipements sportifs et des priorités d’affectation ».
Un réexamen. Des priorités. Des mots creux pour habiller une décision pleine.
Le timing parle. Le silence explique. Le motif accuse.
Car enfin, posons les questions que la mairie refuse de poser.
Et le plus cynique dans cette affaire ? Ce n’était pas la première édition.
Car il faut mesurer toute l’étendue de l’hypocrisie. Le salon de l’entrepreneuriat féminin organisé par l’UPEI n’est pas un projet sorti de nulle part. La première édition avait déjà eu lieu à Noisy-le-Sec. Et cette première édition avait été un franc succès : 42 exposantes venues de toute l’Île-de-France, 42 domaines d’activité différents, des visiteurs nombreux, des bénévoles mobilisés, une énergie collective saluée par toutes les participantes.
Mieux encore — et c’est là que le cynisme atteint son paroxysme — cette première édition avait reçu le soutien de la ville.
De la ville de Monsieur Sarrabeyrouse. L’organisatrice elle-même avait publiquement remercié « la ville et toute l’équipe Olivier Sarrabeyrouse » pour leur contribution.
Les exposantes avaient exprimé leur enthousiasme. Les commentaires parlaient de fierté, d’envie de recommencer, d’impatience pour la prochaine édition.
Une prochaine édition qui devait être « inoubliable ». Elle le sera. Mais pas pour les raisons espérées.
Quand la première édition sert le maire, on ouvre les portes. Quand la deuxième édition gêne le candidat réélu, on les ferme.
Hier, l’UPEI était assez bien pour mériter un gymnase municipal. Aujourd’hui, elle ne l’est plus. Qu’est-ce qui a changé entre la première et la deuxième édition ? Pas le projet. Pas la qualité de l’événement. Pas l’intérêt pour les Noiséennes et les Noiséens.
Ce qui a changé, c’est une élection. Ce qui a changé, c’est que l’organisatrice a soutenu le mauvais camp.
Aux 42 exposantes de la première édition qui rêvaient de revenir, aux bénévoles qui s’étaient déjà mobilisés, aux visiteuses qui attendaient cette deuxième édition avec impatience, la mairie de Noisy-le-Sec adresse aujourd’hui un message d’une clarté effroyable : à Noisy, on ne punit pas l’échec. On punit la dissidence.
Pourquoi ce « réexamen » intervient-il précisément 48 heures après l’élection, et pas en février, pas en mars, pas la semaine précédente ? Quel événement soudain, quelle urgence impérieuse, quelle nécessité technique a surgi entre le dimanche du scrutin et ce mardi fatidique pour justifier l’annulation d’un engagement vieux de deux mois ?
La réponse est aveuglante : il n’y a pas eu de « réexamen ». Il y a eu une élection. Et après l’élection, il y a eu le règlement de comptes.
Ce que révèle cette décision, ce n’est pas une priorité d’affectation. C’est une priorité de punition.
Madame Moussa n’est pas n’importe qui aux yeux de la majorité municipale. Elle est proche de Morad Khétala, candidat d’opposition aux élections qui viennent de se tenir.
Et dans le Noisy-le-Sec de Monsieur Sarrabeyrouse, soutenir l’opposition a manifestement un prix.
Ce prix, ce sont des femmes entrepreneuses qui le paient. Ce prix, c’est un événement d’intérêt général qui le paie. Ce prix, c’est la démocratie locale qui le paie.
Un maire digne de sa fonction protège ses administrés. Tous ses administrés. Ceux qui ont voté pour lui et ceux qui ont voté contre lui. Un maire digne de sa fonction ne transforme pas les équipements publics en instruments de vengeance.
Un maire digne de sa fonction ne punit pas les citoyens qui ont exercé leur droit de vote.
Mais Monsieur Sarrabeyrouse n’est pas n’importe quel maire.
C’est un maire qui promet la concertation et pratique l’exclusion.
C’est un maire qui prône l’humilité et exerce la brutalité. C’est un maire qui parle de rassemblement et agit en chef de clan.
Rappelons les principes. L’article L. 2144-3 du Code général des collectivités territoriales garantit l’égalité d’accès aux équipements municipaux. Le principe de non-discrimination, consacré par la loi du 27 mai 2008, interdit tout traitement défavorable fondé sur les opinions politiques.
a théorie de la confiance légitime protège les administrés qui ont engagé des dépenses sur la foi d’un engagement écrit de l’administration.
Trois principes. Trois violations. Un seul coupable : l’arbitraire municipal.
Et que dire du sort réservé aux exposantes ? Ces femmes qui ont investi leur temps, leur énergie, leur argent pour participer à ce salon ? Ces entrepreneuses qui ont cru, naïvement peut-être, que dans une ville de la République, un gymnase municipal appartenait à tous et non au camp du vainqueur ? Qui les indemnisera ? Qui leur expliquera que leur salon a été sacrifié sur l’autel de la rancune politique ?
La question n’est plus de savoir si cette décision est injuste. Elle l’est. La question est de savoir jusqu’où ira cette municipalité dans la confusion entre intérêt général et intérêt partisan.
Nous avons déjà vu le budget communication exploser pour financer l’auto-promotion du maire. Nous avons déjà vu des sondages providentiels surgir dans des magazines complaisants. Nous avons déjà vu les moyens municipaux détournés au service d’une campagne permanente. Aujourd’hui, nous voyons un gymnase confisqué pour sanctionner une opposante.
Demain, quoi ? L’accès aux cantines refusé aux enfants des familles dissidentes ? Les associations non alignées privées de subventions ? Les demandes de logement social triées selon les bulletins de vote ?
L’engrenage est en marche. Et c’est précisément pour cela qu’il faut l’arrêter maintenant.
L’association Sentinelle Duarte, via 93sang30, accompagnera Madame Moussa dans toutes les démarches nécessaires. Mise en demeure. Saisine du tribunal administratif en référé.
Signalement au Préfet. Saisine du Défenseur des droits. Chaque voie de recours sera explorée. Chaque droit sera exercé.
Car à Noisy-le-Sec, la démocratie ne s’arrête pas au soir du scrutin.
Et le gymnase Marcel Gentilini appartient aux Noiséens. À tous les Noiséens.
Pas au maire. Pas à son camp. Pas à sa revanche.
Aux Noiséens.
93sang30 publie les pièces du dossier et suivra l’évolution de cette affaire. Toute information complémentaire peut être transmise via Facebook en message privé.
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