Peu importe que le Code de commerce n’impose cette exigence qu’aux associations percevant plus de 153 000 euros — le CNN n’en reçoit que 100 000. Peu importe que cette règle fantôme n’ait jamais été invoquée en des années de versements réguliers. Elle surgit précisément maintenant, au moment où le club suffoque. Et pendant ce temps, dans une ville où un enfant sur deux ne sait pas nager, des centaines de petits Noiséens attendent. Car comme toute magie, celle-ci finit toujours par révéler ses ficelles. Et parfois, ce sont les enfants qui paient le prix du spectacle.
Oui, dans cette commune urbaine populaire de la petite couronne qu’est Noisy-le-Sec, on assiste parfois à des tours de passe-passe dignes des meilleurs prestidigitateurs.
Prenez le Cercle des Nageurs Noiséens. Pendant des décennies, cette association a formé des milliers d’enfants à nager, porté les couleurs de la ville jusqu’aux plus hauts sommets nationaux, et produit des athlètes olympiques. Mais voilà qu’un beau jour, la municipalité découvre une obligation légale que personne n’avait jamais vue auparavant.
Le commissaire aux comptes. Voilà le coupable désigné, l’absent qui justifie tout. Sans cette certification, impossible de verser les 120 000 euros de subventions dues au club. Le Code de commerce l’exigerait, paraît-il. Le Code général des collectivités territoriales aussi, affirme-t-on avec l’assurance de celui qui n’a jamais ouvert ni l’un ni l’autre.
Car voyez-vous, l’article L. 612-4 du Code de commerce est pourtant d’une clarté limpide : cette obligation ne s’applique qu’aux associations percevant plus de 153 000 euros de subventions annuelles. Le CNN en reçoit 100 000. Autant exiger d’un piéton qu’il présente son permis de conduire pour traverser la rue.
Mais le plus savoureux, c’est que cette exigence surgit précisément maintenant. Pendant toutes ces années de versements réguliers, jamais la ville n’avait réclamé ce fameux commissaire aux comptes. Jamais un courrier d’alerte, jamais une mise en demeure. Et soudain, comme par enchantement, au moment même où le club traverse des difficultés financières, voilà que cette obligation fantôme se matérialise.
Certains appelleraient cela une coïncidence troublante. D’autres, une construction administrative opportune. La sagesse mère, elle, y verrait simplement la confirmation d’une vérité universelle : les règles que l’on invente après coup sont toujours celles qui arrangent le mieux.
Le plus cruel dans cette histoire reste le cercle vicieux qu’elle dessine. La ville invoque les difficultés financières du club pour justifier le gel des subventions. Or, c’est précisément ce gel qui a provoqué ces difficultés.
Avant la crise, le CNN disposait d’un excédent de 100 000 euros. Aujourd’hui, privé de ses fonds, il a perdu ses partenaires, ses licenciés, et sa place en élite nationale.
Invoquer les conséquences de sa propre défaillance pour justifier la poursuite de cette même défaillance… Voilà un raisonnement que seule une administration peut oser tenir sans rougir.
Et pendant ce temps, dans une ville où un enfant sur deux ne sait pas nager, des centaines de petits Noiséens restent privés de leur club historique. Des bénévoles dévoués se voient insinuer des soupçons de détournement de fonds publics. Et une question reste obstinément sans réponse : à quelle date la mairie honorera-t-elle enfin ses engagements ?
Oui, il existe dans les couloirs des mairies une sorte de magie administrative. Mais comme toute magie, elle finit toujours par révéler ses ficelles.
Et parfois, ce sont les enfants qui paient le prix du spectacle
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