Quand le silence devient trop lourd à porter

Il existe, dans chaque organisation, un moment précis où les masques commencent à glisser. Ce n’est jamais brutal, voyez-vous. C’est plutôt comme ces premières fissures dans un mur fraîchement repeint — imperceptibles d’abord, puis impossibles à ignorer. La secrétaire générale de la CGT connaissait bien les couloirs de la mairie de Noisy-le-Sec. Elle y avait bâti, pierre après pierre, un syndicat autrefois affaibli, lui redonnant souffle et victoires. 56 % en 2018. 67 % en 2022.
Des chiffres qui auraient dû la protéger. Mais dans les communes urbaines de la petite couronne, comme partout ailleurs, les chiffres ne protègent jamais de la désillusion. Car il arrive un moment où défendre un système revient à trahir ceux qu’on prétend protéger. Et ce moment-là, une fois qu’on l’a reconnu, on ne peut plus faire semblant de ne pas l’avoir vu. Alors elle a choisi de partir. Pas par renoncement, mais par fidélité à ce qu’elle croit. Et ce matin, dans les couloirs de la mairie, le silence pèse un peu plus lourd qu’hier.
Il existe, dans chaque organisation, un moment précis où les masques commencent à glisser. Ce n’est jamais brutal. C’est plutôt comme ces premières fissures dans un mur fraîchement repeint — imperceptibles d’abord, puis impossibles à ignorer.

La secrétaire générale de la CGT connaissait bien les couloirs de la mairie de Noisy-le-Sec. Elle y avait bâti, pierre après pierre, un syndicat autrefois affaibli, lui redonnant souffle et victoires. 56 % en 2018. 67 % en 2022. Des chiffres qui auraient dû la protéger. Mais voyez-vous, dans les communes urbaines de la petite couronne, comme partout ailleurs, les chiffres ne protègent jamais de la désillusion.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De cette lente érosion qui survient lorsque les valeurs proclamées s’écartent, pas à pas, des pratiques observées.

Lorsque certains obtiennent un passeport en quelques jours là où d’autres attendent des semaines. Lorsque des signalements pour harcèlement restent sans réponse claire, pendant qu’une promotion vient récompenser la personne mise en cause. Lorsque des voyages offerts par des prestataires sont présentés comme des déplacements professionnels.

Oui, il y a toujours eu, dans les organisations humaines, ceux qui appliquent les règles et ceux qui les contournent. Mais ce qui distingue les seconds, c’est cette capacité remarquable à invoquer l’intérêt général tout en servant le leur.

La secrétaire générale de la CGT aurait pu se taire. Beaucoup l’auraient fait. Le silence, après tout, est la monnaie d’échange la plus courante dans les systèmes qui dysfonctionnent. Il achète la paix, préserve les positions, évite les représailles. Mais le silence a un coût que certaines consciences refusent de payer.

Alors elle a parlé. Publiquement. Nommant les contradictions, les passe-droits, les alliances de circonstance. Cette proposition de défendre un directeur général des services — le plus haut salaire de la collectivité — pendant que les agents peinent à finir leurs mois.

Ces places de voyage réservées aux élus du comité d’entreprise pendant que d’autres, actifs, se voient refuser l’accès faute de disponibilité.
Dans cette commune dense et diverse du Grand Paris, où la mixité sociale côtoie les défis du quotidien, les agents municipaux sont le cœur battant du service public. Ils méritent mieux que des discours d’équité qui ne résistent pas à l’épreuve des faits.

Bien sûr, certains diront que cette démission n’est qu’un règlement de comptes. D’autres y verront le geste désespéré d’une femme isolée. Mais peut-être — peut-être — est-ce simplement le cri de quelqu’un qui a compris que rester, c’était cautionner.

Car voyez-vous, il arrive un moment où défendre un système revient à trahir ceux qu’on prétend protéger. Et ce moment-là, une fois qu’on l’a reconnu, on ne peut plus faire semblant de ne pas l’avoir vu.

La secrétaire générale de la CGT a choisi de partir. Pas par renoncement, mais par fidélité à ce qu’elle croit.
Elle promet de continuer ailleurs. Autrement.

L’histoire nous dira si ce départ changera quelque chose. Mais une chose est certaine : dans les couloirs de la mairie, ce matin, le silence pèse un peu plus lourd qu’hier.

Et parfois, c’est précisément ce poids qui finit par faire craquer les murs.

À Noisy-le-Sec, comme ailleurs, les vrais combats ne se mènent pas toujours dans la lumière. Mais ceux qui osent allumer une flamme rappellent aux autres qu’il existe une alternative à l’obscurité.




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