
Il existe dans chaque ville un pacte silencieux entre ceux qui gouvernent et ceux qui habitent. Les premiers promettent de veiller, les seconds acceptent de contribuer. C’est un équilibre fragile, tissé de confiance et de réciprocité. Mais parfois, sans crier gare, ce pacte se déchire. Et l’on découvre alors que ceux qui devaient nous protéger ont choisi de nous sanctionner.
Ce lundi matin, rue Dombasle, les Noiséens ont fait cette amère découverte.
Cinq jours pour quelques branches
Pour tailler des arbres sur deux cents mètres de trottoir, la municipalité a décrété cinq jours d’interdiction de stationnement.
Cinq jours. Et la police municipale ? Mobilisée en force, dès l’aube, pour traquer les véhicules des habitants et les expédier à la fourrière.
Des Noiséens qui avaient payé leur stationnement résidentiel.
Des Noiséens qui s’apprêtaient à partir travailler.
Des Noiséens qui, en vingt-cinq ans de présence dans cette ville, n’avaient jamais vu pareille démonstration de zèle administratif.
Le paradoxe de l’uniforme
Pendant que les agents verbalisaient avec application les voitures des contribuables, à quelques rues de là, les vendeurs de cigarettes à la sauvette poursuivaient tranquillement leur commerce illicite. Sous les yeux de tous. Dans l’indifférence générale des autorités.
Car voilà le mystère de cette municipalité : elle déploie des trésors d’énergie pour sanctionner ceux qui respectent les règles, et ferme les yeux sur ceux qui les bafouent. Elle traque le travailleur matinal qui n’a pas vu l’arrêté municipal, mais ignore le trafic qui s’installe au grand jour.
La police municipale devrait rassurer nos habitants. Elle devrait incarner la protection, la proximité, le service. Au lieu de cela, elle devient l’instrument d’une politique de la sanction aveugle, où le citoyen ordinaire paie pour les carences de l’organisation municipale.
Une question de priorités
Car enfin, qui organise ces chantiers d’élagage ? Qui décide qu’il faut cinq jours entiers pour tailler quelques branches ? Qui choisit d’envoyer la fourrière plutôt que de prévenir correctement les riverains ?
Ces décisions ne tombent pas du ciel. Elles sont prises par des élus, validées par des services, exécutées par des agents. Elles révèlent une vision de la ville où l’habitant n’est plus un citoyen à servir, mais un administré à discipliner.
Oui, il existe dans chaque commune un pacte entre gouvernants et gouvernés.
Et comme dans toute relation, ce sont les petits gestes qui révèlent les grandes vérités. On peut promettre mille projets grandioses, afficher mille sourires sur les réseaux sociaux. Mais c’est dans la manière dont on traite le riverain de la rue Dombasle, un lundi matin de janvier, que se mesure la vraie nature d’une gouvernance.
Les Noiséens, eux, ont compris. Et ils se souviendront.
Car c’est ainsi que meurt la confiance : non pas dans les grandes trahisons, mais dans l’accumulation des petites injustices quotidiennes.
Celles qu’on inflige sans même y penser. Celles qui transforment, jour après jour, des citoyens en étrangers dans leur propre ville.
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