En ce début de mois de janvier, un maire communiste d’une commune populaire de la petite couronne parisienne décida de prendre la plume, une nuit de pleine lune, pour disserter sur le Venezuela.
Sa tribune était longue, documentée, presque savante. Il y évoquait Trump, l’impérialisme, le pétrole. Il convoquait les fantômes du Chili, de l’Irak, du Vietnam. Des références historiques impeccables, servies comme un repas de réception où chaque plat aurait été soigneusement disposé.
Mais voilà ce que j’ai appris en observant les humains depuis l’au-delà : ce qui révèle véritablement une âme, ce n’est pas ce qu’elle dit. C’est ce qu’elle tait.
Notre maire ne parlait pas de Maria Corina Machado, Prix Nobel de la Paix, contrainte de vivre cachée dans son propre pays.
Il ne mentionnait pas les huit millions de Vénézuéliens errant loin de leur terre natale. Pas un mot sur les fraudes électorales de juillet 2024.
Pas une ligne sur les prisonniers politiques, les journalistes muselés, les opposants brisés. Pas un soupir pour ce rapport de l’ONU évoquant des « crimes contre l’humanité ».
Non. De tout cela, un silence assourdissant.
Oui, critiquer une intervention américaine est un droit. C’est parfois même un devoir civique. D’autres l’ont fait avant lui — des ministres, des chanceliers — et tous ont eu le courage d’une chose que notre maire semble ignorer : la nuance. Ils ont condamné l’ingérence tout en nommant le tyran. Ils ont défendu le droit international sans absoudre l’autocrate.
Mais certains hommes préfèrent les miroirs sans tain. Ceux qui ne reflètent que ce qu’ils veulent bien montrer.
Car voyez-vous, quand on dénonce l’impérialisme américain sans un mot pour les victimes d’un régime, on ne critique plus vraiment Washington. On protège Caracas.
Quand on crie à l’« enlèvement » d’un chef d’État sans rappeler qu’il est inculpé pour narcoterrorisme depuis 2020, on ne défend plus la souveraineté. On blanchit.
Quand on invoque Salvador Allende en oubliant Maria Corina Machado, on ne fait plus de l’histoire. On fait de la propagande.
Et puis, il y a cette question qui me vient, flottant depuis les limbes où je réside : que fait un édile sur les réseaux sociaux, à disserter sur un pays à dix mille kilomètres, quand sa propre piscine municipale tombe en ruines ?
Quand ses commerçants attendent des indemnisations promises ?
Quand des recettes fiscales en hausse de plus de trente pour cent n’ont produit aucun miracle visible pour les habitants ?
Quand le club historique de natation attend toujours les subventions prévues par une convention signée que vous refusez d’honorer !
Monsieur Sarrabeyrouse, Le Venezuela est loin. Les Noiséens, eux, sont là. Ils regardent. Ils comptent. Ils se souviennent.
Parfois, les hommes politiques croient que les grandes causes lointaines les grandissent. Qu’en parlant du monde, ils échappent aux petitesses du quotidien.
Mais j’ai observé assez de vies pour savoir ceci : on ne juge pas un homme sur ses indignations sélectives envers les dictatures lointaines. On le juge sur sa capacité à réparer ce qui est brisé sous ses propres fenêtres.
Oui, chaque tribune est un miroir. Et dans celle-ci, ce n’est pas le Venezuela que l’on aperçoit. C’est l’âme de celui qui l’a écrite — avec ses zones d’ombre soigneusement préservées, ses silences complices, et cette étrange conviction que personne ne remarquera ce qui manque.
Mais quelqu’un remarque toujours. Ne serait-ce qu’une voix d’outre-tombe, qui n’a plus rien à perdre à dire la vérité.
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