Le médiateur de la ville présente son rapport d’activités

MÉDIATEUR MUNICIPAL : QUAND LE COPINAGE S’HABILLE EN PROCÉDURE. Ce jeudi 18 décembre 2025, le conseil municipal de Noisy-le-Sec examine une délibération relative au rapport d’activité du médiateur municipal. Il avait été désigné par délibération le 22 mai 2025. Celle-ci officialisait la désignation de Denis Dorigné, 70 ans, ancien directeur de campagne du maire communiste Olivier Sarrabeyrouse. La seconde présente son rapport d’activité 2024 : 17 pages pour masquer 11 médiations effectives. Derrière l’apparence d’une procédure transparente se dessine une tout autre réalité : un ami politique en poste depuis deux ans sans base légale, un appel à candidatures fantôme, un statut de vacataire taillé sur mesure pour contourner la limite d’âge, et un rapport noyé dans le remplissage. Enquête sur une nomination qui concentre tous les travers de la politique locale.

Oui, il existe dans toute commune urbaine un art ancien que les élus pratiquent avec dévotion : l’art de transformer une faveur en procédure, un arrangement entre amis en délibération officielle. Dans les mairies de la petite couronne parisienne, les dossiers s’empilent, les tampons s’alignent, et parfois — plus souvent qu’on ne voudrait l’admettre — la paperasse administrative ne sert qu’à habiller d’un costume respectable ce qui n’était, au fond, qu’une promesse murmurée entre camarades.
Ce soir de mai, à Noisy-le-Sec, le conseil municipal s’apprête à voter. Les élus feuilletteront des documents, lèveront la main, inscriront leur choix au procès-verbal. Tout sera conforme. Tout aura l’apparence de la légalité. Mais parfois, c’est justement quand tout semble parfaitement en ordre qu’il faut regarder de plus près…

PREMIÈRE PARTIE : UN RECRUTEMENT EN TROMPE-L’ŒIL

Il y a les principes affichés. Et il y a la réalité des faits.
La délibération du 12 décembre 2024 promettait aux Noiséens « l’égalité des chances, la liberté de candidature et la transparence » dans le recrutement du médiateur municipal. Des mots nobles. Des intentions louables. Des engagements solennels.

Mais voici ce que révèle le CV de M. Denis Dorigné, annexé au procès-verbal du jury : à la rubrique « Activité professionnelle », on peut lire noir sur blanc : « 2023-2024 : Médiateur de la ville de Noisy-le-Sec ». Voir mon article précédent : https://93sang30.com/lex-directeur-de-campagne-dolivier-sarrabeyrouse-et-ex-colistier-recrute-a-70-ans-comme-mediateur-de-la-ville/


Les lens entre olivier Sarrabeyrouse et le seul candidat

M. Dorigné occupait donc ce poste depuis plus de deux ans au moment où la procédure de « sélection » était censée débuter. L’appel à candidatures n’était pas une ouverture démocratique. C’était une régularisation administrative. Pas une mise en concurrence. Un habillage juridique.


CHRONOLOGIE est parlante

La chronologie parle d’elle-même. En 2023, M. Dorigné commence à exercer comme médiateur. Le 4 avril 2024, une délibération crée officiellement le poste. Le 7 février 2025, l’appel à candidatures est publié. Le 17 février, une seule candidature est reçue : celle du titulaire en poste. Le 10 avril, le jury valide à l’unanimité. Ce soir, le conseil municipal entérine.

Questions légitimes : sur quelle base juridique M. Dorigné a-t-il été recruté en 2023, plus d’un an avant que le poste n’existe ? Sur quelle ligne budgétaire a-t-il été rémunéré ? Pourquoi le conseil municipal n’a-t-il jamais été informé ?

L’ami politique récompensé. M. Dorigné n’est pas un inconnu dans le paysage noiséen. Colistier d’Olivier Sarrabeyrouse en 2014, directeur de campagne en 2020, militant communiste affiché. Or le médiateur est censé incarner l’indépendance et l’impartialité entre les citoyens et l’administration. Comment garantir cette neutralité quand le titulaire appartient au premier cercle du maire ?

Le jury a pourtant validé sa candidature « au regard des principes d’impartialité ». Ce même jury était présidé par le maire lui-même. Étrange conception de l’indépendance.

Le statut sur mesure. À 70 ans, M. Dorigné dépasse largement la limite d’âge de 67 ans applicable dans la fonction publique territoriale. Solution trouvée par la municipalité : le statut de vacataire. Un montage qui permet de contourner les règles d’âge, d’éviter l’intégration au tableau des effectifs, et de maintenir une précarité contractuelle.

Voilà donc un maire communiste, qui dénonce la précarisation du travail et milite pour la retraite à 60 ans, qui recrute un septuagénaire en vacation jusqu’à 73 ans. Ce n’est pas de l’hypocrisie. C’est de la contradiction politique assumée.

DEUXIÈME PARTIE : UN RAPPORT QUI MASQUE LE VIDE

Ce soir, le conseil municipal examine également le rapport d’activité 2024 du médiateur. 17 pages. L’épaisseur impressionne. Le contenu accable.
70% de remplissage. Les huit premières pages ? Des définitions générales de la médiation, copiées-collées de manuels théoriques. Les trois dernières ?
Une présentation de l’Association des Médiateurs des Collectivités Territoriales, une carte de France, une illustration sur l’équité. Seules 4 à 5 pages concernent réellement l’activité du médiateur de Noisy-le-Sec.

On ne demande pas au médiateur de nous expliquer ce qu’est la médiation.

On lui demande ce qu’il a fait pour les Noiséens.
Les chiffres qui parlent. 31 saisines sur l’année. Moins de 3 par mois. Sur ces 31, combien relèvent réellement de la compétence municipale ? 11. Onze médiations effectives pour une ville de 45 000 habitants. Soit 0,024% de la population.

cRITIQUe sur la forme du rapport d'activité 2024 du médiateur de la ville

65% de réorientations. Sur 31 personnes ayant contacté le médiateur, 20 ont été redirigées vers la CAF, le Défenseur des droits, un bailleur social ou un conciliateur de justice. Le médiateur fonctionne comme un aiguilleur téléphonique. Un simple dépliant bien conçu rendrait le même service pour une fraction du coût.

Un médiateur fantôme. Selon nos informations, M. Dorigné exerce intégralement en télétravail. Aucune permanence physique en mairie. Aucune possibilité de rencontre spontanée.

Comment prétendre « favoriser le lien entre la population et l’administration » sans aucune présence humaine ?
Ce qui manque cruellement.

Aucun indicateur de performance mesurable. Aucun délai moyen de traitement. Aucun taux de satisfaction chiffré. Aucune recommandation concrète aux services municipaux.

Aucun comparatif avec des communes similaires. Aucun bilan financier.
Les « perspectives 2025 » ? Préparer les mentions légales sur les courriers et améliorer la page internet. Des objectifs d’une banalité confondante qui auraient dû être atteints dès la première année.

LA JUSTICE SAISIE : DEUX RECOURS POUR FAIRE ANNULER LA NOMINATION

L’affaire ne se joue pas qu’en conseil municipal. Jean-Paul Lefebvre, conseiller municipal d’opposition, a décidé de porter le dossier devant le tribunal administratif de Montreuil. Pas une fois, mais deux. Décryptage pour comprendre ce qui se joue.Premier recours : le contrat initial attaqué (avril 2024)

Quand Jean-Paul Lefebvre découvre en février 2024, par hasard, dans un bulletin interne destiné aux agents municipaux, que Denis Dorigné a été recruté comme médiateur, il flaire l’irrégularité. Il demande des explications au maire. Silence radio. Il insiste par courriel. Toujours rien. Il pose la question en conseil municipal. Le maire lui répond « de façon fort agressive » que M. Dorigné est en poste depuis novembre 2023.Problème : à cette date, le poste n’existait même pas officiellement. La délibération créant le service de médiateur ne sera votée que le 4 avril 2024, soit cinq mois plus tard.Autre problème, et pas des moindres : l’âge. Denis Dorigné est né le 12 novembre 1954. Faites le calcul : en novembre 2023, il avait 69 ans. Or, la loi est claire : on ne peut pas recruter un agent contractuel dans la fonction publique territoriale au-delà de 67 ans. C’est écrit noir sur blanc dans le Code général de la fonction publique (article L 556-11).Le 15 avril 2024, Jean-Paul Lefebvre dépose donc un recours pour faire annuler ce contrat. Ce recours (n° 2405136) est toujours en cours d’instruction.
Emploi politique : le statut de vacataire qui sauve tout
Deuxième recours : la délibération de mai 2025 attaquée (juillet 2025)

Face au premier recours, la mairie a compris que le contrat initial était juridiquement fragile. Solution trouvée : changer de stratégie. Au lieu de maintenir M. Dorigné comme « attaché contractuel », on le transforme en « vacataire » et on fait voter sa nomination par le conseil municipal.
C’est l’objet de la délibération du 22 mai 2025. Mais pour Jean-Paul Lefebvre, c’est du maquillage juridique. Le fond du problème reste le même.
Le 11 juillet 2025, il dépose un second recours (n° 2511972) pour faire annuler cette nouvelle délibération.Les arguments du requérant, en version simplifiée

1. Un recrutement « sur mesure » pour un ami politique
Denis Dorigné n’est pas n’importe qui. C’était le directeur de campagne d’Olivier Sarrabeyrouse aux élections municipales de 2020. Il était aussi sur sa liste en 2014. Jean-Paul Lefebvre produit des mails prouvant ce lien : des messages envoyés par M. Dorigné pour organiser les événements de campagne, mobiliser les militants, coordonner les équipes.
Pour le requérant, recruter son ancien directeur de campagne à un poste censé être « indépendant » de l’administration et des élus, c’est une contradiction flagrante.

2. Un candidat qui ne remplit pas les conditions
La délibération de 2023 exigeait du futur médiateur « une formation supérieure en administration publique » et « une expérience significative adaptée à la pratique de la médiation ». Or, selon le CV de M. Dorigné, rien ne le prédispose particulièrement à cette fonction.

3. Un appel à candidatures bidon
L’appel à candidatures de février 2025 n’a reçu qu’une seule réponse : celle de M. Dorigné, déjà en poste depuis deux ans. Pour Jean-Paul Lefebvre, ce n’était pas une mise en concurrence, mais une « régularisation administrative » d’une situation de fait.

4. Un jury présidé par le principal intéressé
Le jury de recrutement était composé de quatre personnes, dont trois élus de la majorité — et présidé par le maire lui-même. Autrement dit, l’homme qui devait le plus à M. Dorigné pour sa victoire électorale de 2020 était celui qui validait son recrutement.
Le maire ne participe pas au vote final, mais qu’importe : il a « piloté la totalité du processus », selon les termes de la requête.

5. Une prise illégale d’intérêt ?
Jean-Paul Lefebvre va plus loin : il invoque l’article L. 2131-11 du Code général des collectivités territoriales, qui interdit à un élu de participer à une décision dans laquelle il a un intérêt personnel. Pour lui, le maire avait un intérêt évident à « remercier » son ancien directeur de campagne avec les deniers publics.


Le simulacre et scandaleux recrutement d'un septuagénaire (ex-directeuru de campagne) de Olivier Sarrabeyrouse

Ce que demande Jean-Paul Lefebvre au tribunal
Les conclusions des deux requêtes sont claires :

  • Annuler le contrat de 2023 et la délibération de 2025
  • Obliger la commune à récupérer toutes les sommes versées à M. Dorigné depuis son recrutement
  • Informer le préfet et le directeur des finances publiques du jugement
  • Condamner la commune à lui verser une indemnité pour les frais engagés

Et maintenant ?

Les deux recours sont entre les mains du tribunal administratif de Montreuil. L’instruction suit son cours. Si le juge donne raison à Jean-Paul Lefebvre, la commune devrait non seulement annuler la nomination de M. Dorigné, mais aussi tenter de récupérer les salaires versés depuis 2023.
En attendant le verdict, une chose est certaine : cette affaire illustre la difficulté, pour un élu d’opposition, d’obtenir des réponses à des questions pourtant simples. Et la facilité, pour une majorité municipale, de contourner les règles quand il s’agit de récompenser un proche.

À suivre…

L’HEURE DES COMPTES

Cette affaire n’est pas anecdotique. Elle concentre tous les travers que les citoyens reprochent à leurs élus.
Le copinage, quand on recrute un ami politique à un poste censé être indépendant.

Critique sur le fond du rapport du médiateur de la ville de Noisy le Sec

L’opacité, quand on exerce deux ans avant toute délibération officielle. Le simulacre, quand on organise un appel à candidatures pour un poste déjà occupé. Le contournement, quand on utilise le statut de vacataire pour éviter les règles d’âge.

L’entre-soi, quand le jury est présidé par le principal bénéficiaire politique. Le remplissage, quand on produit 17 pages pour masquer 11 médiations.

Un maire qui se réclame de la transparence démocratique mais qui recrute dans l’ombre.

Un parti qui dénonce la précarité mais qui utilise les vacations. Une procédure qui promet l’égalité des chances mais qui ne reçoit qu’une candidature.

Cela s’appelle la contradiction politique. Et elle mérite d’être exposée.

Conclusion

Oui, dans les communes urbaines de la petite couronne, on croit encore aux procédures. On croit aux jurys, aux appels à candidatures, aux délibérations votées à main levée. On croit que la démocratie locale fonctionne parce que les tampons sont bien alignés et les registres correctement numérotés.

Mais parfois, il suffit de gratter légèrement le vernis administratif pour découvrir ce qui se cache en dessous : un ami qu’on récompense, une règle qu’on contourne, un rapport qu’on gonfle pour masquer le vide.

Ce soir, à Noisy-le-Sec, les élus voteront. La délibération sera adoptée. Le médiateur sera officiellement désigné — deux ans après avoir commencé à exercer. Et demain, la vie reprendra son cours, avec ses dossiers en attente et ses citoyens qui espèrent encore qu’on les écoute.

Car c’est ainsi que fonctionne la politique locale : elle nous promet l’impartialité et nous offre le copinage, elle nous garantit la transparence et nous livre l’opacité. Et le plus troublant, voyez-vous, c’est que ceux qui orchestrent ces petits arrangements finissent toujours par y croire eux-mêmes.

Oui, il y aura toujours des hommes convaincus que servir leurs amis, c’est servir l’intérêt général. Et il y aura toujours des citoyens pour leur rappeler que ce n’est pas tout à fait la même chose…


Documents consultés : Délibération n°17 (désignation), Délibération n°25 (rapport d’activité), Procès-verbal du jury du 10 avril 2025, CV et lettre de candidature de M. Dorigné, Rapport d’activité 2024 du médiateur.