Le réveillon solidaire du 31

Il est des soirs où la solitude pèse plus lourd que les autres. Le 31 décembre en fait partie.

Hier soir, la salle Joséphène Baker de Noisy-le-Sec brillait de mille feux. Cette salle municipale accueillait enfin autre chose que le silence.

Madeleine, 78 ans, avait enfilé sa plus belle robe — celle qu’elle réservait aux grandes occasions. Pour la première fois depuis le décès de son mari, elle ne passerait pas le réveillon seule devant sa télévision.

À l’entrée, des bénévoles l’ont accueillie avec un sourire. On lui a pris son manteau. On l’a guidée vers une table où l’attendaient des inconnus qui, bientôt, deviendraient des amis. La magie opérait déjà.

Plus loin, Karim, père isolé du quartier de la Boissière, regardait ses enfants fabriquer des guirlandes avec d’autres gamins. Leurs rires résonnaient sous les lumières. Pour la première fois depuis des mois, il oubliait les fins de mois difficiles, les factures qui s’accumulent, les regards qui pèsent.

Les plats fumants circulaient de table en table. Du gratin dauphinois, une dinde aux marrons, des bûches artisanales. Pas de distinction entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent — juste des Noiséens réunis autour d’une même tablée.

À 23h30, quelqu’un a lancé une valse. Madeleine a accepté la main tendue d’un monsieur qu’elle ne connaissait pas. Ils ont dansé maladroitement, en riant. À minuit, des inconnus se sont embrassés. Des numéros de téléphone ont été échangés. Des promesses de se revoir.

« On ne devrait pas attendre le 31 décembre pour ça », a murmuré quelqu’un.

Mais voilà. Il y avait une caméra. Indécente. Opportuniste.

Car voyez-vous, certains élus ont le don de transformer la générosité en campagne électorale. Le maire n’a pas manqué l’occasion.

Une vidéo a été diffusée, exhibant ces visages vulnérables, ces personnes isolées venues chercher un peu de chaleur humaine — transformées malgré elles en figurants d’un clip promotionnel.

Oui, la solidarité est une belle chose. Mais quand elle sert d’abord à polir une image, quand les plus fragiles deviennent les accessoires d’un message électoral à trois mois du scrutin, on est en droit de se demander : pour qui bat vraiment le cœur de cette municipalité ?

Ce même maire, qui se revendique de la gauche solidaire et du progrès social, préfère le reste de l’année faire des cadeaux aux banques en garantissant des emprunts sans contrepartie pour les Noiséens, vendre des terrains municipaux à prix bradé à des entreprises privées et au prix fort à une association cultuelle du Londeau qui en aurait besoin.

Nos vœux pour 2026
À vous qui lisez ces lignes, à vous qui connaissez cette solitude des fêtes ou qui en avez été témoins : bonne année.

Que 2026 soit l’année où les discours rejoignent enfin les actes. Où la solidarité cesse d’être un slogan — ou pire, un outil de communication — pour devenir une réalité quotidienne. Les élections municipales de mars approchent.

Peut-être, l’an prochain, y aura-t-il une table dressée pour ceux qui n’en ont pas. Sans caméra. Sans arrière-pensée.

Car voyez-vous, dans les villes où règne l’apparence, chacun finit par chercher ce qui est authentique. Et parfois, la vraie générosité commence simplement par une invitation… à partager un repas, sans contrepartie. Sans caméra. Sans les réseaux sociaux.

https://www.facebook.com/share/v/17ef2L96kq/


Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.