Un mode d’emploi parfait — non pas pour conclure une soirée conviviale, mais pour la dynamiter.
Les réactions des Noiséens ne se firent pas attendre. Et dans leurs mots, une vérité simple mais oubliée : certains soirs, le plus beau cadeau qu’un élu puisse offrir à ses administrés, c’est de ne rien dire du tout.
Quand un maire confond vœux de Noël et tract électoral, c’est toute une ville qui passe au dessert avec une indigestion.
Il existe, dans la vie politique française, une tradition aussi immuable que les guirlandes sur les façades des mairies : les vœux du maire.
Chaque année, à l’approche des fêtes, l’édile prend la plume — ou le clavier — pour offrir à ses administrés quelques mots de réconfort, d’espoir, de chaleur collective.
C’est un rituel simple, presque innocent. Un moment où la politique s’efface, où les clivages se taisent, où l’on se souvient que derrière les étiquettes, il y a des familles réunies autour d’une table.
Mais voilà : certains élus ont le don de transformer les gestes les plus simples en catastrophes mémorables.
Le 24 décembre 2025, à 22h41 — heure à laquelle les familles françaises achèvent généralement leur repas dans une douce torpeur digestive — le maire communiste de Noisy-le-Sec, Olivier Sarrabeyrouse, publiait sur Facebook ses vœux de Noël.
Cela commençait bien. « Retrouvailles, amitié, amour. » On y croyait presque.
Puis vint la liste.
Pour « achever une soirée conviviale », le maire suggérait aux Noiséens de discuter de :
« le dernier livre de Nicolas Sarkozy, la démocratie disruptive macronienne, Gaza, les travaux à Noisy-le-Sec, la gauche et l’extrême droite aux présidentielles de 2027. »
Achever. Le mot était bien choisi.
Une Noiséenne résuma l’affaire avec une lucidité que l’on aimerait retrouver plus souvent dans le débat public : « Franchement, c’est sans doute les vœux les plus pourris qu’un maire ait jamais pondus aux Noiséens : on commence par « retrouvailles, amitié et amour« , et on finit par une liste de sujets qui garantissent disputes, cris et digestion catastrophique. »
Une autre, plus sobre, rappela cette évidence oubliée : « Il y a plus intéressant comme sujet de conversation pour achever une soirée conviviale de Noël en famille que la politique. »
Mais peut-être est-ce là tout le problème. Pour certains élus, la politique n’est pas un service.
C’est une obsession. Une incapacité à concevoir que le monde puisse tourner, ne serait-ce qu’une soirée, sans eux.
Et puis, il y a ce détail. Ce maire qui publie ses vœux à 22h41 le soir du réveillon — lui qui, paraît-il, n’est jamais disponible le lundi matin en mairie. Curieuse conception de la disponibilité : absent quand les Noiséens ont besoin de lui, présent quand ils n’ont rien demandé.
Oui, il existe des traditions que l’on respecte sans y penser, et d’autres que l’on piétine sans même s’en apercevoir. Les vœux d’un maire appartiennent à la première catégorie.
Ils demandent peu : un peu de bienveillance, un soupçon de retenue, la sagesse de comprendre que certains soirs, le silence vaut mieux que les mots.
Mais certains élus préfèrent parler. Toujours parler. Même quand personne n’écoute.
Même quand tout le monde voudrait simplement passer le sel.
Et c’est ainsi que, dans une petite ville de Seine-Saint-Denis, un maire transforma ses vœux de Noël en mode d’emploi pour ruiner un repas de famille.
Les Noiséens s’en souviendront. En mars 2026.
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
