Depuis soixante-douze heures, cette commune populaire de la petite couronne est paralysée. Les trottoirs sont impraticables, les escaliers d’immeubles plongés dans le noir, et les sans-abri livrés au froid sans qu’aucun gymnase municipal n’ouvre ses portes. Mais rassurez-vous : le maire, lui, va très bien. Il se filme.
Oui, il existe différentes façons de répondre à une crise. Certains élus organisent des cellules de crise, coordonnent leurs services, remercient leurs agents. D’autres préfèrent monter sur une petite camionnette et promettre devant une caméra que « les dessaleuses passent toutes les nuits et trois fois par jour ». La réalité ? Une directrice de crèche qui se rend à son poste, glisse sur un trottoir oublié, et se fracture le fémur. Six mois d’arrêt. Elle était sur la table d’opération pendant que Monsieur le Maire tournait sa vidéo « de terrain ».
Car c’est là tout le paradoxe de notre époque : on peut être partout sur les réseaux sociaux et nulle part sur le terrain. On peut parler d’engagement citoyen et oublier d’envoyer un simple mail à ses 1 200 agents. On peut se présenter comme un homme d’action et se contenter d’agitation.
Au 3 rue Paul Vaillant-Couturier, les habitants d’un immeuble de dix-sept étages n’ont plus d’électricité dans les parties communes depuis trois jours. Plus de lumière dans les escaliers. Plus d’ascenseur. Le responsable ? Est-Ensemble Habitat, dont notre maire est administrateur. Une affichette de dernière minute en guise d’excuse. Voilà le respect qu’on témoigne aux Noiséens quand on est trop occupé à soigner son image.
Et puis, il y a ceux qu’on ne voit jamais dans les vidéos promotionnelles. Les sans-abri. La préfecture a activé le Plan Grand Froid. Chaque commune peut – et devrait – mettre des locaux à disposition, mobiliser son CCAS, organiser des maraudes, distribuer des kits de survie. Montreuil l’a fait. D’autres villes aussi. Noisy-le-Sec ? Aucune information. Aucun dispositif annoncé. Aucune humanité affichée.
Ce n’est pas de la malchance. C’est un choix. Le choix de la communication plutôt que de l’action. Le choix de la propagande plutôt que de la prévoyance. Le choix du service de son image plutôt que du service public.
Pendant ce temps, trois mails ont bien été envoyés aux agents municipaux. Pour leur annoncer que l’opération de propagande prévue – avec navette et tombola – était simplement reportée au lendemain. Les priorités, toujours les priorités. Pas un mail de la direction générale. Pas une consigne claire sur le télétravail.
Pas un mot de remerciement pour ceux qui ont salé nos routes toute la nuit.
Oui, la neige finira par fondre. Les trottoirs sècheront, les os se ressouderont, et les vidéos disparaîtront dans les limbes des algorithmes. Mais quelque chose restera : le souvenir de ce que révèle une crise sur ceux qui prétendent nous gouverner. Car voyez-vous, il y a ceux qui, face à l’adversité, retroussent leurs manches. Et il y a ceux qui ajustent leur cadrage.
Dans les communes populaires comme ailleurs, tout le monde a un jour besoin d’un élu qui agit plutôt qu’il ne pose.
Malheureusement, certains ne découvrent la différence que lorsqu’ils glissent sur un trottoir oublié…
#NoisyLeSec #GestionDeCrise #PlanGrandFroid #ServicePublic
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
