Quand la République rappelle ses enfants à l’ordre

Le Tribunal administratif de Montreuil a tranché : la fresque pro-palestinienne ornant le fronton de la mairie de Noisy-le-Sec devra disparaître sous astreinte de 500 euros par jour. Ni l’alibi artistique ni les pinceaux d’écoliers n’auront suffi à transformer un slogan militant en projet pédagogique.

Oui, il existe dans nos communes urbaines populaires une tentation aussi vieille que la politique elle-même : celle de confondre la tribune publique avec le fronton de la mairie.

Et lorsque la loi menace de rattraper l’audacieux, certains élus déploient des trésors d’imagination pour esquiver ses contraintes.

À Noisy-le-Sec, commune d’extrême gauche, dense et diverse de la première couronne parisienne, le maire communiste sortant Olivier Sarrabeyrouse avait cru trouver la parade idéale.

Depuis juin 2024, une fresque ornait fièrement le fronton de l’Hôtel de Ville : drapeaux palestinien et congolais, poing dressé, cœur aux couleurs de Gaza, et ces mots qui résonnent comme un slogan militant — « Free Palestine », « Gaza on pense à toi ».

Mais le plus troublant ne fut pas l’affichage. Ce fut la défense.

Car pour justifier cette prise de position partisane sur un bâtiment républicain, l’édile invoqua deux boucliers : la culture et l’enfance.

Des écoliers, nous dit-on, auraient participé à cette œuvre « artistique ». Comme si la candeur des petites mains pouvait transformer un message politique en projet pédagogique. Comme si l’art absolvait ce que la laïcité interdit.

Le Tribunal administratif de Montreuil ne fut pas dupe. La magistrate balaya ces arguments d’un revers de main : le maire avait bel et bien exprimé « une prise de position de nature politique au sujet d’un conflit en cours ».

Ni la culture ni les enfants ne sauraient servir de paravent à la violation de la neutralité républicaine.

L’ordonnance du 26 septembre 2025 fut sans appel : retrait immédiat sous astreinte de 500 euros par jour. Une sanction financière, seul langage que certains édiles semblent comprendre.

Parfois, les priorités d’un élu en disent plus long que ses discours.

Car pendant que le maire de Noisy-le-Sec déployait tant d’énergie pour Gaza, d’autres causes — plus proches, plus urgentes — semblaient moins mobiliser son attention.

La Ligue contre le cancer, dit-on, aurait reçu moins de générosité municipale que les collectes pour la Palestine.

La ville elle même a fait un don plus important  pour soutenir Gaza que la recherche contre le cancer ! Trop, le Maire en fait trop. Et trop peu pour les Noiséens.

Curieux arbitrage pour qui prétend servir d’abord les Noiséens.

À moins, bien sûr, que d’autres calculs n’entrent en jeu. La commission d’enquête parlementaire l’a documenté : certaines formations politiques instrumentalisent le conflit israélo-palestinien à des fins électorales, ciblant un électorat particulier.

La justice elle-même, dans une décision surprenante du 6 novembre 2025, a estimé qu’on pouvait qualifier LFI de « passionnément antisémite » sans que cela constitue une diffamation — un constat qui éclaire d’une lumière crue les alliances et les postures.

Face à la condamnation, la municipalité promet déjà de réinstaller la bannière ailleurs. L’entêtement, après tout, est une forme de courage — du moins c’est ce que pensent ceux qui le pratiquent.

Mais il arrive un moment où l’obstination cesse d’être une vertu pour devenir un aveu. Les murs de nos institutions appartiennent à tous — y compris à ceux qui ne partagent pas les convictions du premier magistrat.

Oui, la République, avec sa patience de vieille dame, finit toujours par rappeler cette vérité simple : la loi s’applique à tous. Même à ceux qui croient l’incarner en brandissant des pinceaux d’enfants


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