Maltraitance animale : quand le progrès s’arrête aux portes de l’enclos…

Il existe des contradictions que même le plus beau des discours ne saurait masquer. Dans nos villes qui se proclament vertes et progressistes, les mots s’affichent sur les programmes électoraux comme des guirlandes lumineuses — éclatants, séduisants, éphémères. Mais parfois, la réalité s’invite au milieu de la fête, là où personne ne l’attendait.Ce week-end, sur le bitume froid du marché de Noël de Noisy-le-Sec, entre le vin chaud et les chants festifs, des êtres sensibles ont servi de décoration vivante. Un lapin en cage, des ânes à louer, des chèvres offertes aux caresses incessantes d’une foule indifférente à leur stress. En 2025, dans une municipalité qui se revendique de l’écologie.
Car voyez-vous, le progrès ne se mesure pas aux slogans que l’on brandit, mais aux choix silencieux que l’on fait quand personne ne regarde — ou quand tout le monde regarde sans voir.Le bien-être animal, on en parle ?

Il existe, dans les communes urbaines de la première couronne, des élus qui se réclament du progrès social et de l’écologie. Ils prononcent ces mots avec solennité dans les conseils municipaux. Ils les impriment sur leurs tracts. Ils les brandissent comme des étendards lors des cérémonies de vœux.

Et puis, un jour d’hiver, à quelques semaines d’une élection, ils organisent un village de Noël. Avec des ânes à louer. Des lapins à caresser. Des chèvres à photographier.

Cela pourrait prêter à sourire. Cette ironie-là, après tout, a quelque chose de presque comique. Un maire écologiste qui transforme des êtres vivants en décors de fête. Un défenseur du progrès social qui perpétue le folklore des foires d’un autre siècle. Oui, on pourrait en rire. Si seulement la souffrance ne reprenait pas le dessus.

Un village exceptionnel, un calendrier suspect :

Car voyez-vous, ce marché de Noël n’a rien d’ordinaire. Il surgit avec une ampleur inhabituelle, à moins de trois mois des municipales. Comme un cadeau tombé du ciel électoral. Une coïncidence, diront certains. Une stratégie, penseront les autres. Mais qu’importe le mot : les guirlandes brillent, les stands embaument, et sous les lumières scintillantes, des animaux attendent en silence que la fête finisse.

En 2021, la France a pourtant reconnu ce que beaucoup savaient déjà. L’animal n’est pas un objet. C’est un être sensible, capable de souffrir, de stresser, de s’épuiser. La loi organise désormais la fin progressive des animaux dans les spectacles itinérants.

Elle traduit une prise de conscience collective. Mais à Noisy-le-Sec, cette évolution semble n’avoir jamais franchi les portes de la mairie.

Le stress invisible derrière les sourires :

Ce que les enfants ne voient pas, c’est le transport. L’enclos exigu posé sur le bitume. Le bruit constant des hauts-parleurs. Les manipulations répétées, les caresses sans fin, l’impossibilité de fuir. Pour un âne, une chèvre ou un lapin, un marché de Noël n’est pas une fête. C’est une épreuve.
On nous vend un « retour à la nature en ville ». Quelle nature ? Des animaux arrachés à leur environnement, déplacés, enfermés, puis renvoyés une fois l’opération de communication terminée. Ce n’est pas un lien avec le vivant. C’est son exploitation. Et les enfants, sans le savoir, apprennent que l’animal est un objet qu’on loue, qu’on expose, qu’on range.

L’écologie des discours, la réalité des actes :

Voilà donc le progrès version Noisy-le-Sec. Des discours flamboyants sur la transition écologique. Et des ânes sur le trottoir pour amuser les foules en période électorale. D’autres villes ont renoncé aux cirques avec animaux.

D’autres communes proposent des ateliers créatifs, des spectacles de rue, des stands pédagogiques sur la biodiversité. Ici, on persiste dans l’imaginaire des foires de village du XIXᵉ siècle.

Oui, cela pourrait prêter à sourire. Mais les êtres silencieux qui attendent sous les néons, eux, n’ont pas le cœur à rire.

Et quand les guirlandes s’éteindront, il ne restera que cette vérité : le progrès ne se décrète pas. Il se prouve.

À suivre.