Ce week-end, sur le bitume froid du marché de Noël de Noisy-le-Sec, entre le vin chaud et les chants festifs, des êtres sensibles ont servi de décoration vivante. Un lapin en cage, des ânes à louer, des chèvres offertes aux caresses incessantes d’une foule indifférente à leur stress. En 2025, dans une municipalité qui se revendique de l’écologie. Car voyez-vous, le progrès ne se mesure pas aux slogans que l’on brandit, mais aux choix silencieux que l’on fait quand personne ne regarde — ou quand tout le monde regarde sans voir.Le bien-être animal, on en parle ?
L’hiver, dans les communes populaires de la première couronne, a cette manière particulière de transformer les rues grises en décors de carte postale. Des guirlandes apparaissent aux réverbères. L’odeur du vin chaud flotte jusqu’aux cages d’escalier. Les enfants courent entre les stands. Et pendant quelques heures, tout semble possible.
Ce week-end, la rue Jean-Jaurès s’est parée de ses plus beaux atours. Un marché de Noël, surgissant avec une ampleur inhabituelle. Comme un cadeau tombé du ciel. Ou plutôt, comme un cadeau soigneusement calculé.
Car voyez-vous, dans cette commune urbaine en mutation qu’est Noisy-le-Sec, il existe une vérité que chacun connaît sans oser la formuler : à moins de trois mois d’une élection, rien n’arrive jamais par hasard. Olivier Deleu, candidat déclaré aux municipales, l’a dit avec une clarté désarmante : « On n’est pas dans une période normale. » Il avait raison. Les festivités opportunes ont ceci de particulier qu’elles révèlent toujours ce qu’elles cherchent à masquer.
Un marché de Noël, après tout, c’est d’abord pour les commerçants et les artisans. C’est l’occasion de présenter un savoir-faire, de créer du lien avec les habitants. Or, que trouve-t-on sous ces chapiteaux festifs ? Les mêmes associations subventionnées, omniprésentes à chaque manifestation municipale. Et plus troublant encore : une association de parents d’élèves vendant des crêpes. Dont la présidente figure, dit-on, parmi les futures colistières du maire sortant. La frontière entre animation et promotion devient alors singulièrement floue.
Mais il y a plus troublant encore. Dans la plupart des villes de France, les exposants d’un marché de Noël paient pour occuper leur chalet. C’est la règle. C’est la norme. C’est le bon sens. À Noisy-le-Sec, la rumeur murmure le contraire : la municipalité aurait rémunéré les participants. Oui, vous avez bien lu. Ce ne sont plus les commerçants qui investissent pour vendre leurs produits. C’est la ville qui paie pour qu’ils viennent. Avec l’argent de qui, au juste ? Celui des contribuables noiséens, bien entendu. Voilà une générosité bien étrange, à quelques semaines d’un scrutin. Ailleurs, on appelle cela du commerce. Ici, cela ressemble furieusement à de la distribution.
Oui, les paradoxes ont cette habitude de s’accumuler quand on prend la peine de regarder. Cette même municipalité, qui se réclame d’une laïcité militante, a choisi cette année d’installer un sapin décoratif dans l’enceinte de la mairie. On n’en est pas encore à trouver une crèche à l’accueil. Mais le chemin, parfois, se trace à petits pas.
« Des voix, ça ne s’achète pas. Des voix, ça s’écoute », a conclu Olivier Deleu. Voilà toute la différence entre ceux qui font campagne à coups de festivités financées et ceux qui, depuis des mois, arpentent les escaliers et les squares pour écouter véritablement les Noiséens. Les habitants, eux, savent distinguer la sincérité de la mise en scène.
Mais ce qui trouble peut-être davantage, sous ces lumières de fête, c’est ce que personne ne semble vouloir regarder. Des animaux exposés au public, offerts aux regards indifférents d’une foule pressée. Comme si, pour oublier un mandat, il fallait aussi oublier certains principes.
Mars 2026 approche. L’heure des comptes sonnera. Car dans les communes populaires comme ailleurs, les décorations finissent toujours par être rangées. Et quand les guirlandes s’éteignent, il ne reste que la vérité. Nue. Patiente. Implacable.
À suivre.