Au lendemain du village de Noël, tandis que les guirlandes scintillent encore et que l’odeur du vin chaud flotte dans les ruelles de Noisy-le-Sec, le maire Olivier Sarrabeyrouse a choisi de s’adresser à ses administrés. Une vidéo. Des vœux. Une invitation pour le 7 janvier 2026.
Rien de bien extraordinaire, direz-vous. Les maires souhaitent de bonnes fêtes depuis que les fêtes existent. Ils convient aux cérémonies de vœux depuis que les vœux ont été inventés. C’est l’ordre immuable des choses municipales. Oui, mais voilà : nous sommes à quatre-vingt-deux jours d’une élection. Et dans ce contexte particulier, chaque mot devient un acte de campagne, chaque sourire une affiche électorale, chaque invitation un appel aux urnes déguisé en moment de convivialité.
Ce que le maire de Noisy-le-Sec ne dit pas dans cette vidéo est peut-être plus révélateur que ce qu’il y proclame. Car les mots, parfois, ont cette fâcheuse habitude de trahir ceux qui les prononcent…

Il existe, dans l’art de gouverner, une vérité que peu d’édiles osent s’avouer : les mots que l’on choisit finissent toujours par nous choisir en retour. Ils révèlent, malgré nous, ce que nous voulions taire. Ils dessinent, dans l’ombre de nos discours, le portrait de nos failles.
Le maire de Noisy-le-Sec vient de prononcer ses vœux. Et dans ce message soigneusement pesé, quelque chose affleure. Quelque chose qui mérite qu’on s’y arrête.
Ce que le mot « révolution » ne dit pas
Vous invoquez, Monsieur le Maire, une « année révolutionnaire », une « ville en révolution ». Le mot est beau. Il sonne comme une promesse. Il évoque le souffle de l’Histoire, le frémissement du changement.
Mais les mots ont une mémoire que les discours oublient.
Revolutio, en latin — le mouvement circulaire. La Terre accomplit sa révolution autour du Soleil pour revenir, inexorablement, à sa position initiale. Les aiguilles d’une montre accomplissent leur révolution pour retrouver midi. Et votre mandat, Monsieur le Maire ?
Une piscine promise, jamais rénovée. Des reports budgétaires en cascade. Une police municipale qui se vide de ses effectifs. Des inaugurations de dernière minute, comme autant d’aveux d’une précipitation tardive.
Oui, en ce sens précis — celui de l’étymologie, celui de la physique, celui de la vérité — nous vivons bien une révolution. Celle qui ramène, après cinq années, exactement là où l’on a commencé.
Avec l’illusion d’avoir avancé.
L’antithèse involontaire
« Apaisée », dites-vous. « Tranquille », ajoutez-vous. Puis, dans le même souffle : « révolutionnaire ».
Il y a dans cette contradiction le symptôme d’un malaise plus profond. Connaissez-vous beaucoup de révolutions apaisées, Monsieur le Maire ? De bouleversements tranquilles ? D’insurrections sereines ?
Cette dissonance n’est pas un accident de langage. Elle est l’aveu d’un édile qui veut incarner simultanément le changement et la continuité, l’audace et la prudence, la rupture et le confort. Qui promet tout pour ne s’engager sur rien.
Un monde en tension, un pays en fragilité, une ville en mutation — et pour unique réponse : des vœux. Toujours des vœux. Encore des vœux.
Mais les vœux ne rénovent pas les piscines. Les vœux ne retiennent pas les policiers municipaux. Les vœux ne construisent pas les écoles. Les vœux, Monsieur le Maire, sont le refuge de ceux qui n’ont plus d’actes à montrer.
Le champ de bataille : anatomie d’un vocabulaire guerrier
Mais il est, dans ce discours apparemment paisible, une dimension que l’oreille distraite pourrait manquer. Une dimension que seule l’analyse sémantique révèle dans toute sa brutalité.
Écoutons. Vraiment.
« Un monde en tension. » « Un pays en fragilité. » « Une ville en mutation. » Et puis, soudain, comme un aveu qui échappe : « Attaquer cette nouvelle année révolutionnaire. »
Attaquer.
On attaque une position ennemie. On attaque une forteresse. On attaque un adversaire. Mais une année ? Une année, Monsieur le Maire, on la commence. On l’entame. On l’aborde. On l’accueille, peut-être, si l’on veut rester dans le registre de la convivialité que vous prétendez incarner.
Non. Vous avez dit « attaquer ». Et ce mot-là ne ment pas.
Tension. Fragilité. Mutation. Révolution. Attaquer.
Voilà le champ lexical véritable de votre discours. Non pas celui de la paix que vous invoquez. Non pas celui de l’apaisement que vous promettez. Mais celui de la guerre. De la bataille. Du combat.
Le linguiste sait que les mots forment des constellations. Qu’ils s’appellent les uns les autres. Qu’ils dessinent, malgré l’orateur, la carte de ses obsessions véritables. Et la carte que dessine votre discours, Monsieur le Maire, n’est pas celle d’une ville sereine. C’est celle d’un champ de bataille.
Le champ de bataille : anatomie d’un vocabulaire guerrier
Mais il est, dans ce discours apparemment paisible, une dimension que l’oreille distraite pourrait manquer. Une dimension que seule l’analyse sémantique révèle dans toute sa brutalité.
Écoutons. Vraiment.
« Un monde en tension. » « Un pays en fragilité. » « Une ville en mutation. » Et puis, soudain, comme un aveu qui échappe : « Attaquer cette nouvelle année révolutionnaire. »
Attaquer.
On attaque une position ennemie. On attaque une forteresse. On attaque un adversaire. Mais une année ? Une année, Monsieur le Maire, on la commence. On l’entame. On l’aborde. On l’accueille, peut-être, si l’on veut rester dans le registre de la convivialité que vous prétendez incarner.
Non. Vous avez dit « attaquer ». Et ce mot-là ne ment pas.
Tension. Fragilité. Mutation. Révolution. Attaquer.
Voilà le champ lexical véritable de votre discours. Non pas celui de la paix que vous invoquez. Non pas celui de l’apaisement que vous promettez. Mais celui de la guerre. De la bataille. Du combat.
Le linguiste sait que les mots forment des constellations. Qu’ils s’appellent les uns les autres. Qu’ils dessinent, malgré l’orateur, la carte de ses obsessions véritables. Et la carte que dessine votre discours, Monsieur le Maire, n’est pas celle d’une ville sereine. C’est celle d’un champ de bataille.
La guerre de qui ? Pour qui ?
Car c’est bien de guerre qu’il s’agit. Mais de quelle guerre ? Et surtout : pour qui ?
Vous vous préparez au combat, Monsieur le Maire. Cela crève les yeux. Cela s’entend dans chaque inflexion de votre voix. Cela se lit dans chaque mot que vous avez choisi — ou que vous avez laissé échapper.
Mais cette guerre que vous vous apprêtez à mener, est-ce celle des Noiséens ?
Est-ce pour eux que vous « attaquez » ? Pour leur piscine vétuste ? Pour leurs écoles saturées ? Pour leur sécurité quotidienne ? Pour leur pouvoir d’achat étranglé par une fiscalité record ?
Non.
Cette guerre, Monsieur le Maire, n’est pas la leur. Elle est la vôtre. Exclusivement la vôtre.
C’est la guerre d’un édile qui sent le sol se dérober. La guerre d’un maire qui, malgré les sondages commandités, malgré les articles complaisants, malgré les agences de communication mobilisées, perçoit le frémissement d’une défaite possible.
C’est la guerre pour une place. Pour un fauteuil. Pour un titre.
La guerre de la survie politique personnelle, habillée — comme toujours — des oripeaux de l’intérêt général.
Quatre-vingt-deux jours
Car voici ce que votre message omet soigneusement de dire : dans moins de trois mois, les Noiséennes et les Noiséens auront la parole.
Non pas la parole des sondages commandités. Non pas la parole des magazines complaisants. Non pas la parole des agences de communication qui dessinent des « success stories » sur mesure.
La parole des urnes.
Celle qui ne se maquille pas. Celle qui ne se négocie pas. Celle qui, seule, tranche entre les promesses et les actes, entre les formules et les réalisations, entre le verbe et le réel.
Le 15 mars 2026, ce ne sera plus l’heure des vœux révolutionnaires. Ce sera l’heure des comptes. Et les comptes, Monsieur le Maire, sont des juges moins complaisants que les prestataires de communication.
L’Oasis et le mirage
Vous invitez les Noiséens à « célébrer cette nouvelle année révolutionnaire » dans un lieu nommé — ironie du destin ou aveu freudien — « l’Oasis ».
Une oasis. Un point d’eau dans le désert. Une promesse de fraîcheur pour le voyageur assoiffé.
Mais parfois, l’oasis n’est qu’un mirage. Une projection de nos désirs sur le sable brûlant du réel. On croit voir l’eau, on ne trouve que du vide. On croit toucher le changement, on ne saisit que du vent.
Les Noiséens méritent mieux qu’un mirage. Ils méritent une source véritable.
Nous serons là
Oui, Monsieur le Maire, nous serons présents le 7 janvier 2026.
Non pas pour applaudir vos vœux d’extrême gauche habillés de formules apaisantes. Non pas pour célébrer ce retour éternel au même point que vous nommez « révolution ». Non pas pour participer à cette mise en scène d’une convivialité qui masque l’absence de bilan.
Mais pour montrer aux Noiséennes et Noiséens présents qu’une autre voie existe.
Pas la révolte que vous semblez redouter en l’invoquant à demi-mot. Pas l’agitation. Pas le chaos.
L’alternative. Celle d’une ville véritablement apaisée — parce que véritablement gouvernée. Celle d’une ambition qui ne se paie pas de mots. Celle d’un projet qui se mesure en réalisations, pas en promesses.
Ce que les urnes diront
Dans quatre-vingt-deux jours, les Noiséens ne choisiront pas entre des vœux et d’autres vœux. Ils choisiront entre le vertige du surplace et le courage de l’action. Entre la révolution circulaire et le progrès rectiligne. Entre le mirage et la source.
Et ce jour-là, Monsieur le Maire, ni les sondages IFOP, ni les articles complaisants, ni les agences caméléon ne pourront parler à leur place.
Ce jour-là, seule comptera la vérité des urnes.
Cette vérité-là ne se commande pas. Elle ne se fabrique pas. Elle ne se maquille pas.
Elle s’affronte.
Il arrive parfois, dans le grand théâtre de la politique locale, que les mots échappent à celui qui les prononce. Qu’ils aillent, comme des enfants indisciplinés, dire tout haut ce que l’orateur voulait taire. Une révolution, après tout, n’est jamais qu’un aveu circulaire : celui de finir là où l’on a commencé.
Les Noiséens, eux, méritent autre chose qu’un éternel recommencement. Ils méritent une direction.
Et cette direction, ce n’est pas dans les vœux qu’ils la trouveront.
C’est dans les urnes qu’ils la choisiront.
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.