Subventions exceptionnelles d’été 2026 à Noisy-le-Sec : le nouvel épisode d’une comédie bien rodée

Une enveloppe de 30 000 € distribuée à 26 associations bénéficiaires sur 29 candidates — dont quatre, soigneusement portées au tableau pour la beauté du décompte, n’obtiendront pas un centime. Un appel à projets ouvert le 16 février, refermé le 29 avril par un cénacle dont nul ne connaît la composition. Un rapporteur déjà connu de nos lecteurs.
Une mention résiduelle au « village olympique » oubliée dans le texte, vestige d’un dossier de 2024 recopié sans relecture. Et, au pinacle de cette munificence édilitaire, une association inconnue de toute la commune jusqu’à ces derniers jours qui rafle, à elle seule, près de quinze pour cent de la manne pour deux soirées de concerts. Bienvenue aux Estivales 2026 du stade Huvier — où, comme à l’accoutumée, la méthode prime sur le mérite et l’opacité tient lieu de gouvernance.

Subventions exceptionnelles d'été 2026 à Noisy-le-Sec : le nouvel épisode d'une comédie bien rodée

Un an a passé, et la pièce se rejoue à l’identique. La délibération n° 17 soumise au Conseil municipal de ce jeudi 21 mai 2026 reproduit, à l’iota près, les ressorts narratifs de sa devancière de mai 2025 : même rapporteur — Monsieur Zakaria Benhamra El Akhfach, dont l’aisance à présenter ce genre d’enveloppe n’est plus à démontrer — même qualification flatteuse de « subventions exceptionnelles » pour ce qui n’est qu’un appel à projets parfaitement récurrent, même commission obscure se réunissant à huis clos quelques semaines avant le vote, même mépris souverain à l’égard des conseils de quartier. Seuls changent l’année et, partiellement, le casting. Le décor, lui, demeure invariable. Et c’est précisément ce qui interpelle.

L’amateur d’art administratif aura noté, dès la première page, une coquille particulièrement éloquente. Le rapport prétend que « la Ville a souhaité associer les associations à l’animation du village olympique ».

Or, à moins d’un dérèglement spatio-temporel dont la mairie ne nous a pas informés, les Jeux Olympiques de Paris se sont achevés à l’été 2024 et les Estivales 2026 se déroulent — la délibération elle-même le précise — au stade Huvier, du 15 juillet au 9 août.

Cette mention résiduelle n’est pas une bagatelle stylistique : elle est l’aveu, par mégarde livré, d’un dossier recopié à la chaîne d’une année sur l’autre, sans qu’aucun œil attentif ne se soit donné la peine de le relire. Ainsi avance la municipalité Sarrabeyrouse : à la faveur du copier-coller, dans la sérénité du télétravail mal supervisé, avec le sens du détail d’un commis voyageur somnolent.

Passons sur ce détail d’amateurisme rédactionnel — il en faudrait davantage pour émouvoir la majorité municipale — et observons à présent la liturgie de l’attribution. Un appel à projets a été lancé le 16 février ; les dossiers ont, dit-on, été examinés par une « commission » réunie le 29 avril ; la délibération a été votée le 21 mai. Trois dates, et entre elles, le silence. Qui composait cette commission ?

Selon quels critères a-t-elle départagé les candidats ? Quel procès-verbal en atteste ? Le rapport, avec une économie de moyens qui force l’admiration, n’en souffle mot. On nous demande de voter un partage de 30 000 € de deniers publics sur la foi d’une « programmation équilibrée, originale, inclusive et de qualité » — quatre adjectifs ronflants qui, mis bout à bout, ne sauraient tenir lieu de barème.

Les conseils de quartier, eux, restent à la porte du palais. Ces instances que la loi consacre comme relais légitimes de la démocratie de proximité, ces aréopages que la municipalité prétend chérir lorsqu’il s’agit d’inaugurer une banderole, n’ont pas eu voix au chapitre.

Pas davantage que la commission permanente « Sport » du Conseil — alors même que le sport accapare 47,2 % de l’enveloppe, soit 14 160 €. Une telle désinvolture à l’égard des organes consultatifs prévus par le règlement intérieur de la commune — adopté, faut-il le rappeler, par la majorité elle-même en septembre 2023 — confine à l’aveu : on consulte quand cela arrange, on s’en passe quand cela embarrasse.

2026 - Village Olympique

L’inventaire 2026 : qui touche quoi, et pour quoi faire

Avant de glisser jusqu’aux singularités les plus piquantes du document, livrons à nos lecteurs le détail complet de la répartition, telle qu’elle figure au tableau annexé à la délibération. Que chacun apprécie, en conscience, la pertinence de ces choix.

  • — Sport (14 160 €) —
  • NLS Boxing Club — découverte et animation autour de la boxe1 700 €
  • NLS Ultimate — initiation à l’ultimate frisbee 1 600 €
  • RCN — initiation au rugby 1 500 €
  • HBCN — handi-fauteuil et animation handball thématisée 1 500 €
  • PAIK Production — cirque et danse sévillane 1 500 €
  • Sport Century — jeu vidéo et disciplines sportives 1 200 €
  • Karaté Club — découverte du karaté 1 200 €
  • BBAN — Bask’Estivales, basket adapté hebdomadaire 1 000 €
  • FSGT 93 — sport-santé : yoga, sophrologie, pilates, zumba 1 000 €
  • Juste en Mouvement — gymnastique douce et étirements 900 €
  • Entraides — activités physiques autour des douze travaux d’Astérix 700 €
  • Afro Caribbean Jo School — animations zumba 360 €
  • La Contremarque — volet sport : gymnastique douce, mobilité0 ?
  • — Culture (6 950 €) —
  • Association CHROMA — deux concerts nocturnes 4 400 €
  • Art 2 o — tutoriels dessin, initiation au japonais, ateliers 1 000 €
  • Fet’arts — ateliers artistiques 700 €
  • A Corps d’Œuvres — ateliers de danse et de musique sur le corps et la voix 400 €
  • Making Waves — reportage radio collaboratif quotidien0 €
  • — Éducation (3 240 €) —
  • Les Muses de Paris — ateliers créatifs 1 200 €
  • Kyuu Juu San — jeux rétro800 €
  • Am Prunelle — activités enfants 0-6 ans 600 €
  • Horizon — quiz interactif 140 €
  • — Réemploi (2 650 €) —
  • Art en Partage — biodiversité, pratiques durables, réemploi1 200 €
  • La Grande Ourcq — sensibilisation au réemploi textile, sérigraphie 750 €
  • Aux Pignons sur Rue — ateliers participatifs de réparation de vélos 700 €
  • — Solidarités et Restauration (3 000 €) —
  • La Contremarque — échanges sur l’adolescence, la famille, le handicap2 500 €
  • Les enfants du désert — création de porte-clés et restauration500 €
  • Les Femmes de Mermoz — création de porte-clés et restauration500 €
  • Franco Tamouls — passage scénique et restauration tamoule 450 €
  • Association Congolaise pour le développement des PME — exposition et restauration0
  • Aliaj — restauration0

Quatre lignes à zéro euro : refuser sans le dire

Le premier prodige de ce tableau réside dans ces quatre lignes scrupuleusement reportées avec, en face, la somme nulle. L’Association Congolaise pour le développement des PME, Aliaj, Making Waves, et le volet sportif de La Contremarque — qui figure deux fois au tableau, par la grâce d’une double candidature — voient ainsi leur dossier porté en délibération… pour s’entendre dire, par voie de vote, qu’elles n’auront rien. Cette curiosité administrative interroge.

Pourquoi inscrire un refus au tableau d’une attribution, au lieu de le notifier dans les formes ? À voter le refus d’une subvention sans l’écrire comme tel — c’est-à-dire sans motivation conforme aux exigences du Code des relations entre le public et l’administration —, la municipalité s’expose à voir, demain, l’une de ces structures écartées la saisir d’un recours en excès de pouvoir devant le tribunal administratif.

Le cas échéant, on rappellera que la motivation des décisions individuelles défavorables n’est pas une coquetterie de juriste : c’est une obligation légale.

Comment, par ailleurs, expliquer qu’une seule et même structure puisse figurer deux fois au même tableau, recevoir 2 500 € sur un volet et 0 € sur un autre ?

Cette comptabilité acrobatique laisse songeur. À tout le moins, la sincérité du document s’en trouve écornée.

CHROMA, ou la conquête d’une enveloppe

Deuxième singularité, autrement plus saisissante : l’attribution faite à l’Association CHROMA. 4 400 € à elle seule, soit 14,67 % de la totalité des subventions, pour deux concerts nocturnes. Quatre mille quatre cents euros, c’est davantage que la totalité de l’enveloppe « Réemploi » dans son ensemble (2 650 €).

C’est près du double de ce qu’a obtenu, en cumulé, le volet « Solidarités et Restauration » hors La Contremarque. C’est plus de trente fois la somme attribuée à l’association Horizon, à laquelle 140 euros — cent quarante ! — sont concédés pour un « quiz interactif », ce qui, à l’aune des prix de la restauration municipale, équivaut à peu près à deux plateaux-repas.

Si la cohésion sociale doit se mesurer à l’épaisseur du chèque, alors saluons l’ironie : 140 euros pour faire vivre la curiosité intellectuelle d’un quartier ; 4 400 pour sonoriser deux soirées.

Le rapport, sur les critères ayant présidé à un tel écart, demeure d’un mutisme qui force le respect. Aucun barème, aucune grille d’évaluation, aucune indication des montants sollicités par chacune des associations candidates ne figure à l’appui.

On invoque, comme l’année passée, un « intérêt général certain » et un « intérêt local », deux formules suffisamment élastiques pour justifier à peu près tout — y compris, par parenthèse, leur contraire.

Les grands absents — et les opportunes amnésies

Une lecture comparée avec l’édition précédente révèle des disparitions tout à fait instructives. Une association centenaire, autrefois bénéficiaire et dont la notoriété sur le territoire national n’est plus à établir, ne figure plus à la liste — ce qui ne surprendra que ceux qui n’ont pas mesuré combien la fidélité noiséenne à certains symboles est, parfois, à géométrie variable.

À l’inverse, une certaine structure qui défraya la chronique l’été dernier par les liens singuliers qu’on lui prêtait avec un membre de la majorité a, elle aussi, eu la délicate prévenance de se retirer du décor.

On admire la chorégraphie : ce qui hier paraissait inconcevable se dissout, cette année, dans un silence courtois. Le bénéfice de la discrétion est, décidément, l’un des grands ressorts de la gestion municipale courante.

Inversement, l’on assiste à l’arrivée de cohortes nouvelles. Onze structures absentes en 2025 entrent dans le partage en 2026 — Kyuu Juu San, Les Muses de Paris, RCN, Horizon, A Corps d’Œuvres, la déjà évoquée CHROMA, et quelques autres.

Le tableau comparatif que l’on trouvera en fin d’article en donne le détail. À chacun d’apprécier si ces renouvellements traduisent le dynamisme d’un tissu associatif en effervescence ou, plus prosaïquement, les exigences d’un calendrier électoral dont l’horizon — mars 2026 désormais consommé, mais l’autre n’est jamais bien loin — éclaire les choix discrets de la municipalité.

Hausses, baisses, stabilités : la cartographie des préférences

Parmi les associations qui survivent au crible d’une année sur l’autre, certaines voient leur obole majorée, d’autres rognée, et quelques-unes maintenues à l’identique. Le Karaté Club passe de 450 à 1 200 euros — soit une augmentation de 167 % qu’aucune explication ne vient étayer. Le Handball Club Noiséen progresse de 600 euros.

Le Boxing Club, déjà fort bien doté l’an dernier, gagne encore 200 euros. À l’inverse, deux piliers du sport noiséen subissent une cure d’amaigrissement spectaculaire : le BBAN perd 800 euros (de 1 800 à 1 000) et Sport Century, déjà cité au podium en 2025, voit sa dotation reculer de 600 euros.

Quant aux Femmes de Mermoz et aux Enfants du Désert, jadis dotées sur deux catégories pour un cumul de 800 euros chacune, elles sont aujourd’hui ramenées à une seule ligne de 500 euros — soit 300 euros de moins.

Que ces choix soient le produit d’une analyse rigoureuse, nous voulons bien le croire. Encore eût-il fallu nous en livrer la teneur. Le rapport, sur ce point comme sur tous les autres, cultive l’art de l’allusion.

Une enveloppe en discrète diète

Détail d’arrière-cour, mais qui sied au sujet : l’enveloppe globale recule. De 30 500 euros l’an passé, elle est ramenée à 30 000 euros cette année — soit 500 euros de moins, ce qui coïncide, par une heureuse facétie comptable, avec le différentiel resté inexpliqué dans la délibération de 2025, dont les additions, on s’en souvient, ne tombaient pas tout à fait juste.

Que personne n’y voie malice : la majorité Sarrabeyrouse fait, en toute chose, l’apprentissage de la rigueur — sa propre méthode lui tient lieu de baromètre.

Pour conclure

Que retenir de cet exercice budgétaire ? D’abord, qu’il prolonge sans rupture une mécanique d’opacité installée : commission sans procès-verbal publié, critères tus, conseils de quartier tenus hors jeu, mention résiduelle d’un « village olympique » qui n’existe plus depuis deux ans.

Ensuite, que la concentration des moyens sur une structure inconnue de la commune jusqu’à une date récente — au détriment d’organismes éprouvés ou de cibles éducatives élémentaires — ne saurait s’expliquer par l’invocation, mille fois répétée, d’un « intérêt local » qui ne définit rien.

Enfin, que les absences les plus parlantes sont précisément celles qu’on ne commente pas : les disparitions de l’année sont la confession muette de ce qu’on a renoncé à défendre.

À douze mois de la prochaine consultation des Noiséens, ces choix gagneraient à être éclairés. Notre rôle est de poser la question. Celui de la majorité, en démocratie, serait d’y répondre — au lieu de quoi elle se contente, comme toujours, de voter.


Tableau comparatif des subventions 2025 / 2026

À chacun d’apprécier les évolutions, les renouvellements et les évincements.
Source : délibération n° 13 du 22 mai 2025 et délibération n° 17 du 21 mai 2026, Conseil municipal de Noisy-le-Sec.

En hausse
En baisse
Stable
Nouveau bénéficiaire
Disparu de la liste

Association Thématique 2026 Montant 2025 Montant 2026 Évolution
Karaté Club Sport 450 € 1 200 € + 750 €
HBCN (Handball Club Noiséen) Sport 900 € 1 500 € + 600 €
NLS Boxing Club Sport 1 500 € 1 700 € + 200 €
NLS Ultimate (ex-Iznogoog) Sport 1 400 € 1 600 € + 200 €
Aux Pignons sur Rue Réemploi 500 € 700 € + 200 €
Art en Partage Réemploi 1 000 € 1 200 € + 200 €
Fet’arts Culture 600 € 700 € + 100 €
Am Prunelle Éducation 500 € 600 € + 100 €
PAIK Production Sport 1 400 € 1 500 € + 100 €
FSGT 93 Sport 900 € 1 000 € + 100 €
Entraide(s) (passage culture → sport) Sport 600 € 700 € + 100 €
Afro Caribbean Jo School Sport 350 € 360 € + 10 €
BBAN (Basket-Ball Association Noiséenne) Sport 1 800 € 1 000 € − 800 €
Sport Century Sport 1 800 € 1 200 € − 600 €
Les Femmes de Mermoz Solidarités / Resto 800 € 500 € − 300 €
Les enfants du désert Solidarités / Resto 800 € 500 € − 300 €
Art 2 o (ex-Art 20) Culture 1 000 € 1 000 € =
Juste en Mouvement Sport 900 € 900 € =
La Grande Ourcq Réemploi 750 € 750 € =
Franco Tamouls Culture / Resto 450 € 450 € =
Association CHROMA Culture 4 400 € Nouveau
La Contremarque (solidarité) Solidarités / Resto 2 500 € Nouveau
RCN Sport 1 500 € Nouveau
Les Muses de Paris Éducation 1 200 € Nouveau
Kyuu Juu San Éducation 800 € Nouveau
A Corps d’Œuvres Culture 400 € Nouveau
Horizon Éducation 140 € Nouveau
La Contremarque (sport) Sport 0 € Nouveau
Making Waves Culture 0 € Nouveau
Aliaj Restauration 0 € Nouveau
Association Congolaise PME Culture / Resto 0 € Nouveau
Olympique NLS 1 200 € Sorti
B Attitude 1 000 € Sorti
ASSN 900 € Sorti
Scénoconcept 850 € Sorti
Echo du Cœur (ex-Gratin d’Emploi) 750 € Sorti
Artistes Vision Solidaire (AVS) 750 € Sorti
Les rats du Navire 700 € Sorti
LEO 600 € Sorti
Keneya 93 600 € Sorti
Les Tranquilles 500 € (et +) Sorti
Le Frappé 500 € Sorti
Les Mamans Ensemble pour la Jeunesse Noiséenne 500 € Sorti
AFKF (Femmes de Kanzile en France) 500 € Sorti
En toutes lettres 400 € Sorti
Secours Populaire (fondé en 1945) 300 € Sorti
Les Abérantes 300 € Sorti
École Noiséenne de Karaté 0 € Sorti

Total enveloppe 2025 : 30 500 € (annoncés ; 30 000 € détaillés). Total enveloppe 2026 : 30 000 €.


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