Le diable se cache dans les bonbons

Le diable se cache dans les bonbons

Oui, on croit toujours que ce sont les grandes choses qui nous trahissent. Les discours, les promesses, les affiches collées ou arrachées à la nuit tombée. Alors on les soigne. On répète devant le miroir. On paie même un expert pour relire. Et l’on quitte la maison rassuré, sans remarquer le petit papier tombé de sa poche.

Dimanche, à Noisy-le-Sec, les horloges ont reculé d’une heure. Les arbres, eux, ont continué de se déshabiller. L’automne ne déplace rien. Il rend simplement visible ce que les feuilles avaient eu la délicatesse de cacher.

Les comptes de campagne connaissent aussi cette saison.

Il y a d’abord une signature oubliée, celle d’un homme qui connaît les règles et les rappelle volontiers aux autres. Il y a ensuite un onzième nom absent d’une annexe qui n’en comptait que dix. De petits oublis, comme chacun en commet. Nous avons tous laissé quelque chose derrière nous en fermant une porte. Nous espérons seulement que personne ne sera là pour le ramasser.

Puis viennent les courses. Des baguettes tradition de Gagny, des bonbons de Rosny : pour une campagne si attachée à Noisy, le panier avait le goût du voyage.

Il y a vingt kilos de colle dont la facture d’origine manque à l’appel. La colle tient. La pièce justificative s’est décollée.

Il y a enfin un plateau de fromages, facturé par une boutique qui n’avait pas encore ouvert, mais dont le patron figurait déjà sur la liste. Dans une campagne, certaines rencontres précèdent les présentations.

Il faut comprendre ceux qui courent. Les journées trop longues, les repas repoussés, la peur de décevoir une équipe. Deux cartes bancaires avec le même code peuvent alors sembler une sage précaution contre la fatigue. On ne cherche pas forcément à brouiller les choses. On voudrait seulement qu’elles soient plus simples. C’est souvent ainsi qu’elles deviennent difficiles à expliquer.

Les tickets, eux, ne connaissent pas la fatigue. Les 3 972 timbres achetés en cinq jours attendent qu’on raconte leur voyage. Le loyer passe de 800 euros dans la convention à 600 dans le compte. Les papiers ne se disputent jamais. Ils peuvent se contredire très longtemps sans élever la voix.

Le compte a été validé. Ce mot a dû apporter un grand soulagement. Mais valider n’est pas absoudre, et les lecteurs ne s’arrêtent pas toujours à la dernière page. Certains reviennent aux annexes. Par curiosité, par méfiance, ou parce qu’eux aussi ont leurs raisons de mal dormir.

Et puis il y a le scooter. Municipal, le scooter. Électoral, son usage. Un certificat du 13 mai en chiffre le prix : 94,11 euros. La Ville réclame ainsi au candidat l’usage d’un bien municipal… dont il est le maire. À défaut de distance, il y a la précision des centimes.

Le papier est signé par l’adjoint aux finances, également trésorier de la section locale du parti. Un même homme, assis des deux côtés de la table : on appelle cela de la polyvalence. D’autres, plus procéduriers, appellent ça autrement. Le scooter a roulé en mars, et le certificat n’est arrivé qu’en mai. Le fromage, lui, était en avance.

Oui, on croit toujours que ce sont les grandes choses qui nous trahissent. Peut-être parce qu’il serait trop inquiétant de penser que notre portrait tient dans ce que nous ne regardons plus.

L’automne le sait. Le diable aussi. Il nous laisse volontiers surveiller les grands discours pendant qu’il s’occupe des détails.

Parfois, quand il est pressé, il prend le scooter.

Mais ce qu’il préfère, ce sont les petits sachets de bonbons. On les ouvre avec si peu de méfiance.

 


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