ELECTIONS MUNICIPALES MARS 2026
Montre-moi ton compte de campagne, et je te dirai qui tu es Bonbons de Rosny, colle du PCF, fournisseur italien, baguettes achetées à Gagny, fromage à Noisy, local de campagne au PCF: les comptes de Toujours Noisy parlent
Olivier Sarrabeyrouse aime donner des leçons de rigueur à ses adversaires. Ses comptes de campagne ont été validés. Mais quand on les lit, ils racontent une histoire : celle d’un compte remis sans signature et d’une équipe déclarée incomplète, où le fromage, les bonbons et la colle disent beaucoup de la manière de faire.
Un compte validé, oui. Un compte exemplaire, non.
Je vais vous dire les choses franchement, parce que les Noiséens ont droit à la vérité : les comptes de campagne de M. Sarrabeyrouse ont été validés par la CNCCFP. Je l’écris, je le reconnais, et je ne retire rien. Le 22 octobre 2026, la Commission m’a d’ailleurs transmis les relevés bancaires complets et l’état de rapprochement. Je remercie ses services : plusieurs de mes questions ont trouvé leur réponse.
Mais enfin, validé ne veut pas dire exemplaire. Et le chemin pour y arriver a été long… et laborieux.
Premier épisode : le compte a été déposé sans être signé. Par courrier du 4 juin 2026, la Commission le lui rappelle : « Votre formulaire de compte de campagne n’est pas signé. » Et elle ajoute qu’« à défaut, la Commission est susceptible de prononcer le rejet de votre compte de campagne ». L’attestation sur l’honneur suivra, datée du 7 juin.
Un maire sortant, une liste rodée, un expert-comptable rémunéré 1 980 € TTC… et personne pour penser à la signature. C’est une erreur d’amateur.
Il donne des leçons de sérieux à tout le monde. Il a juste oublié de signer sa copie.
L’équipe de campagne : dix noms déclarés, un oubli
L’annexe 7 du compte, intitulée « Composition de l’équipe de campagne », recense officiellement dix personnes : la directrice de campagne, la mandataire financière, les coordinateurs du programme, du porte-à-porte, du collage, de la communication, de l’événementiel, les deux co-présidents du comité de soutien et le mandataire auprès de la préfecture.
Il en manque une : Lydie Tessier. C’est la Commission qui l’a relevé : Mme Tessier avait réglé directement des dépenses de campagne alors qu’elle n’apparaissait nulle part. Réponse du candidat : elle était « co-coordinatrice de l’événementiel » et « c’est par omission qu’elle n’est pas mentionnée dans l’annexe 7 ». Il parle aussi d’un « manque d’anticipation de ma part ».
Dont acte. Mais qui peut croire qu’on gère sérieusement une ville comme Noisy-le-Sec quand on ne parvient pas à déclarer exactement une équipe d’une dizaine de personnes ?
Quand on ne sait pas compter ses colistiers, on évite de faire la leçon aux autres.
Une carte, deux comptes, un seul code secret
Deuxième épisode : la banque. Le 30 mars 2026, le compte de campagne règle 276 € au Théâtre des Bergeries. Explication de la mandataire, Mme Michèle Berger, dans une attestation du 11 mai : elle s’est trompée de carte. Celle de l’association EN TOUTES LETTRES, qu’elle préside, et celle du compte de campagne « utilisent le même code secret ». La somme est recréditée le lendemain.
Puis vient une seconde confusion : 250 € de liquidités « issues des activités de l’association » auraient été déposés par erreur sur le compte de campagne. La régularisation est annoncée au 31 mars, mais le relevé la date du 3 avril.
Pendant des semaines, le verso du relevé du 1er avril manquait au dossier. Les relevés transmis le 22 octobre comblent ce manque, et je le dis bien volontiers.
Il reste une question que les relevés ne règlent pas. Un code secret identique explique peut-être qu’on se trompe de carte. Il n’explique pas pourquoi des espèces d’une association se retrouvent sur un compte de campagne.
Une erreur, ça arrive. Deux erreurs, ça devient une méthode.
Le Noisy d’après… se fournit souvent ailleurs
Il faut lire les pièces justificatives. Elles en disent plus long que les discours.
Le fromage. Le 31 janvier 2026, jour des vœux de la liste, une fromagerie de Noisy-le-Sec facture un plateau de six fromages pour 90 €. C’est sa facture n° 00001, la toute première. Or ce commerce n’a été inauguré que le 19 mars, et ouvert au public le 20. La cession du local n’a été votée en conseil municipal qu’en février. Le commerce facturait donc la campagne avant d’avoir ouvert, et avant même que le local lui soit cédé. Comment est-ce possible ?
Le pain. Le même jour, 15 baguettes tradition à 1,30 € ont été achetées dans une boulangerie de Gagny, pour 19,50 €. Il n’est pas bon, le pain noiséen ?
Les courses. On trouve des achats chez Auchan à Fontenay-sous-Bois. On trouve aussi un roll-up commandé à Pixartprinting, un imprimeur installé en Italie. Le maire qui défend le commerce local a parfois la carte bancaire voyageuse.
Les bonbons. Un « assortiment de bonbons » acheté au Carrefour de Rosny 2 le 6 mars, facturé le 2 avril 2026 pour 14,70 €, a été réglé par le compte de campagne le 3 avril. Aucune demande de remboursement ne figure au dossier pour savoir qui l’avait avancé. Rien chez Auchan Noisy, rien dans les commerces noiséens : il fallait des bonbons de Rosny.
Les primeurs. Le 20 mars 2026, à 48 heures du second tour, Mme Amélie Canonne fait deux passages chez Hyper Primeurs. Fruits, gâteaux, sirops… et encore des bonbons. Total : 204,99 €, remboursés comme « dépenses engagées dans le cadre de la campagne des élections municipales ».
Je ne dis pas qu’il est interdit d’acheter des bonbons. Je dis que ces dépenses figurent dans un compte que l’État rembourse à hauteur de 39 100 €. C’est donc, in fine, de l’argent public.
Ensemble, tout devient possible, disait l’autre. Avec Toujours Noisy, tout devient remboursable.
Vingt kilos de colle et une facture introuvable
Le 19 février 2026, la Fédération PCF de Seine-Saint-Denis adresse à la mandataire une « note de débit » : un sac de 20 kg de colle, fournisseur Cartel SAS, facture n° 26022542, 90 €. Le compte de campagne la règle le 25 mars, après le second tour.
Vingt kilos de colle ! Il en faut, des affiches, pour coller tout cela.
Mais la facture du fournisseur, elle, n’est pas jointe au dossier. On a la note du parti, pas la pièce d’origine.
La colle, ils l’ont trouvée. La facture, beaucoup moins.
Photos, petits fours et 23 000 lettres
Quelques lignes du compte, pour mesurer les choix :
- 1 980 € TTC pour des portraits d’Olivier Sarrabeyrouse, réalisés le 2 janvier 2026 par un photographe noiséen et facturés en note de droits d’auteur. Le devis prévoyait trois portraits retouchés. C’est exactement le montant des honoraires de l’expert-comptable.
- Le 9 mars 2026, une seconde note de cession de droits d’auteur, pour 250 €, cette fois signée par un photographe de Sucy-en-Brie, pour les images du 8 mars. Le photographe de Noisy était-il trop cher pour la suite ?
- 1 262,84 € pour la lettre de candidature, tirée à 23 000 exemplaires, dont 20 000 distribués en boîtes aux lettres.
- 300 € pour la captation vidéo du meeting de lancement du 12 décembre 2025, et 531,72 € pour 280 petits fours salés.
Rien d’illégal à cela. Mais une campagne qui promet la sobriété aux Noiséens peut aussi l’appliquer à elle-même.
Toujours Noisy… ou toujours PCF ?
Qui a payé ? Olivier Sarrabeyrouse a versé 100 € de sa poche. La Fédération PCF 93 a prêté 44 000 €, dont 43 001 € utilisés. Le PCF a pris en charge directement 3 950 € : le local de campagne et le matériel de réunion.
Et parmi les soutiens financiers, on retrouve les grands noms. D’après les attestations versées au dossier, le sénateur Fabien Gay et les députés Louis Boyard, Sabrina Sebaihi, Elsa Faucillon et Aurélie Trouvé font partie des parlementaires qui ont participé financièrement à la campagne d’Olivier Sarrabeyrouse et de sa liste Toujours Noisy.
C’est leur droit. Mais qu’on ne vienne pas nous présenter cette liste comme une aventure purement noiséenne. L’argent venait du parti, et les soutiens venaient du Sénat et de l’Assemblée nationale.
Toujours Noisy sur l’affiche. Toujours PCF sur le relevé bancaire.
Les trois questions qui restent posées
Je les ai soumises de nouveau à la Commission le 22 octobre 2026 :
- Le chèque de 999,02 € à l’ordre du PCF 93. Au 4 mai 2026, plus de six semaines après le second tour, il n’était toujours pas débité. S’agit-il du remboursement des 999 € de prêt non utilisés ? C’est probable. Encore faut-il le dire, et dire quand il a été encaissé.
- Le visa de l’expert-comptable. L’état de rapprochement porte une mention « visa » sans nom, sans signature et sans date. Deux pages n’en portent pas : les versos des relevés du 2 mars et du 1er avril 2026.
- Le scooter municipal. Un certificat administratif du 13 mai 2026, établi par le maire ajdjoint aux finances, Bruno Martinez, facture 94,11 € pour son utilisation pendant la campagne, et le chèque correspondant n’était toujours pas débité au 4 mai. Ce dossier mérite mieux qu’un paragraphe : j’y consacrerai un article spécial.
Ces questions sont posées de bonne foi, à partir des pièces du dossier. Elles ne préjugent pas de la décision de la Commission.
La manière de faire
Moi, je ne fais pas de procès d’intention. Je lis des pièces. Et ces pièces disent une chose simple : la manière dont on tient un compte de campagne en dit long sur la manière dont on tient une ville. Un compte remis sans signature, une équipe déclarée incomplète, deux cartes bancaires avec le même code, des factures de Rosny, de Gagny et d’Italie : ce n’est pas un scandale, c’est une méthode. Et cette méthode, les Noiséens la connaissent.
Pour mémoire : le tribunal administratif a annulé, le 30 septembre 2026, les élections municipales de mars 2026. Je reste persuadé qu’Olivier Sarrabeyrouse, ou l’un de ses élus, prépare un recours devant le Conseil d’État, malgré les messages contradictoires qu’il fait passer. Le dossier suit son cours. Je publierai les réponses de la CNCCFP au fur et à mesure. Les documents sont consultables sur demande.
Monsieur le maire, vous avez signé votre compte de campagne quand la Commission vous l’a demandé. Pour les Noiséens, il faudra signer autre chose : des explications.
Le compte en chiffres
47 051 € de dépenses déclarées, pour un plafond de 82 314 €.
100 € versés personnellement par le candidat.
43 001 € empruntés à la Fédération PCF 93, sur 44 000 € prêtés.
3 950 € payés directement par le PCF (local et matériel), d’abord déclarés à tort en « concours en nature », puis requalifiés par la Commission.
39 100 € de remboursement forfaitaire de l’État.
Autrement dit : le candidat a avancé 100 €, et l’État rembourse 39 100 €.
Le local : 800 € ou 600 € ?
Le local de campagne, au 27 rue Henri-Barbusse, comptait trois bureaux meublés, une grande salle de réunion et l’accès à deux véhicules. La convention d’occupation fixe une contribution de 800 € par mois toutes charges comprises, pour cinq mois, du 1er novembre 2025 au 31 mars 2026, soit 4 000 €.
Le compte de campagne, lui, déclare 600 € par mois, soit 3 000 €.
Il manque 1 000 €. Personne ne les a expliqués. Les comptes n’y sont pas, Monsieur Martinez, trésorier de la section PCF de Noisy-le-Sec.
Bonbons et boycott
Sous ma publication sur la facture de bonbons du Carrefour de Rosny 2, j’avais demandé à Morgane Le Coroller, coordinatrice communication de la campagne selon l’annexe 7 : « On ne boycotte plus Carrefour pour acheter des bonbons ? »
Sa réponse : « La facture, c’est à mon nom ? »
La mienne : « Mais vous en avez mangé ? Ils étaient bons, j’espère, les bonbons achetés et remboursés avec de l’argent public ? »

Ce qu’on retient en un coup d’œil : l’impression et la distribution représentent 61 % du budget (28 687 €).
3 972 timbres en cinq jours
Il faut parler des timbres. Car c’est l’une des plus grosses dépenses de la campagne, et personne n’en parle.
Entre le 2 et le 6 mars 2026, à dix jours du premier tour, la campagne de Toujours Noisy achète 331 carnets de timbres Lettre verte. Cela fait 3 972 timbres, pour un total de 6 037,44 €.
Le 2 mars, 48 carnets sont commandés chez Bruneau, un fournisseur de bureau de l’Essonne. Le lendemain, 200 carnets de plus, toujours chez Bruneau, pour 3 648 €. Les deux commandes sont réglées par la carte du compte de campagne. Le 6 mars enfin, 83 carnets sont achetés à La Poste pour 1 513,92 €. Ceux-là sont avancés par M. Bruno Martinez, trésorier de la section PCF de Noisy-le-Sec, qui sera remboursé par un virement de 1 514,28 € le 19 mars. Trente-six centimes de plus que sa demande. Une broutille, certes. Mais quand on veut des comptes justes, on les veut justes au centime.
Les timbres pèsent à eux seuls près de 13 % de toutes les dépenses de la campagne, et environ 59 % du poste « frais postaux et de distribution ».
Je vais vous dire ce qui me frappe. Le compte nous dit combien de timbres ont été achetés. Il nous dit à quel prix, où et par qui. Il ne nous dit pas ce qu’on a envoyé avec. Quels courriers ? À quels destinataires ? En combien d’exemplaires ? Près de 4 000 lettres affranchies en pleine campagne, ce n’est pas rien. Les Noiséens qui les ont reçues aimeraient sans doute savoir comment on a trouvé leur adresse.
Six mille euros de timbres, et pas une ligne pour dire à qui on a écrit. Toujours Noisy affranchit beaucoup, mais explique peu.
Six mille euros de timbres…
un étonnant budget
3 972 timbres en cinq jours
Entre le 2 et le 6 mars 2026, …
3 972 timbres en cinq jours
Six mille euros de timbres, et pas une ligne pour dire à qui on a écrit…
un étonnant budget
3 972 timbres en cinq jours
Entre le 2 et le 6 mars 2026, à dix jours du premier tour, la campagne de Toujours Noisy achète 331 carnets de timbres Lettre verte. Cela fait 3 972 timbres, pour un total de 6 037,44 €.
Sources : compte de campagne de M. Olivier Sarrabeyrouse (recettes, dépenses et annexe 7) ; courriers de la CNCCFP des 4 et 15 juin 2026 et réponse du candidat ; attestation sur l’honneur du 7 juin 2026 ; attestation de la mandataire financière du 11 mai 2026 ; relevés bancaires et état de rapprochement transmis par la CNCCFP le 22 octobre 2026 ; convention d’occupation de locaux du 20 octobre 2025 ; décision de la CNCCFP du 20 juillet 2026.
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.