Démocratie locale

OPPOSITION SOUS CONTRAINTE

Sarrabeyrouse resserre les règles, l’opposition serre les dents Entre 2023 et 2026, Sarrabeyrouse renforce les contraintes et supprime des garanties : la comparaison des règlements parle d’elle-même.

Oliver Sarrabeyrouse réduit encore les droits d'expression des élus de l'opposition

Une séance annoncée pour novembre, finalement organisée le mardi 27 octobre sans concertation préalable, selon Morad Khetala. Et un règlement qui demande à l’opposition d’anticiper davantage tout en supprimant plusieurs garanties d’information. La comparaison avec le réglement intérieur précédent (de 2023) est éclairante : à Noisy-le-Sec, les contraintes se renforcent, mais les garanties du dialogue s’effacent.

Un calendrier imposé, une demande écartée

Dans sa publication Facebook du 18 octobre, Morad Khetala, conseiller municipal du groupe Noisy Unie, explique avoir appris l’avancement du prochain conseil sans concertation préalable. Il indique avoir écrit au maire pour demander un réexamen. La date a été maintenue.

Il reconnaît pourtant que les circonstances peuvent nécessiter des ajustements. Ce qu’il demande tient en peu de mots : échanger avant de décider.

« Ce que je dénonce aujourd’hui, ce n’est pas simplement un changement de calendrier. C’est une méthode. » Sur ce point, je lui apporte mon soutien. Les opposants ont des obligations professionnelles, des contraintes personnelles et des dossiers à préparer. Leur mandat mérite davantage qu’une invitation à prendre place avant le vote.

Le maire peut convoquer le conseil. Il peut aussi choisir de consulter ses membres.

Plus de délais, moins d’information préalable

Le règlement de 2023 prévoyait l’envoi de l’ordre du jour prévisionnel aux présidents de groupe douze à quinze jours avant le conseil. Cette garantie écrite disparaît du texte adopté le 24 septembre 2026.

Dans le même temps, le délai de dépôt des vœux passe de sept à dix jours francs. La convocation et les dossiers peuvent toujours être envoyés au minimum réglementaire de cinq jours francs avant la séance.

Le rapprochement est parlant : les groupes doivent préparer leurs initiatives plus tôt, tandis que disparaît une garantie destinée à leur permettre d’anticiper. Une exception reste possible pour les vœux urgents ou liés à des circonstances exceptionnelles, mais elle dépend de la majorité des membres présents ou représentés.

Les questions orales doivent toujours parvenir sept jours francs avant le conseil. Autrefois annexées à la convocation, elles sont désormais déposées sur table. Leur communication à l’ensemble des élus intervient donc plus tard.

À l’opposition, on demande davantage de prévoyance. Pour l’information préalable, le règlement devient moins prévoyant.

Les commissions passent de l’obligation à la recommandation

La différence est particulièrement nette concernant les commissions municipales. En 2023, le texte indiquait : « Chaque commission doit se réunir au moins une fois par semestre et aussi souvent que nécessaire. »

En 2026, il est seulement « conseillé » de les réunir avant les conseils concernés et au moins une fois par an. Une obligation semestrielle devient une recommandation annuelle.

D’autres garanties disparaissent : l’envoi des convocations de commission aux présidents de groupe pour information et la restitution annuelle des travaux devant le conseil. Pour les élus non membres d’une commission, la possibilité de demander à recevoir ses documents devient une possibilité de demander à les consulter.

Les réponses aux questions écrites bénéficient, elles, d’une nouvelle souplesse : au délai d’un mois s’ajoute désormais la possibilité d’un délai supplémentaire, sans nouveau plafond indiqué, moyennant information de l’élu.

Les échéances imposées aux opposants se précisent. Les obligations de dialogue deviennent plus accommodantes.

La polémique entre dans le règlement

La comparaison impose aussi d’être exact : les temps de parole limités, le blâme et l’absence de retranscription des propos tenus après un retrait de parole pour dépassement du temps existaient déjà en 2023. Le maire les conserve ; il ne les invente pas en 2026.

En revanche, l’article 21.4 ajoute les attaques « polémiques » aux interruptions et attaques personnelles troublant le déroulement de la séance. La condition de trouble demeure, mais la notion s’élargit. Où finira la critique politique vigoureuse, où commencera la polémique justifiant une coupure ?

Dans les tribunes municipales, le principe d’un espace identique pour chaque groupe cède la place à une enveloppe maximale de 4 500 signes pour l’ensemble de l’opposition, répartie proportionnellement. Cela ne signifie pas que chaque groupe perd nécessairement des caractères. En revanche, le plancher de 700 signes garanti aux élus non affiliés n’est plus repris.

Enfin, la publication nominative trimestrielle des présences en commissions, organismes extérieurs et conseil disparaît du règlement. Les présences restent mentionnées dans les procès-verbaux publiés : c’est le suivi synthétique et régulier qui perd sa garantie.

Une opposition ne devrait pas avoir à défendre chaque condition pratique lui permettant de remplir son mandat.

Pourquoi supprimer ces garanties ?

Tous ces changements ne démontrent pas une illégalité. Ils documentent toutefois une orientation politique : moins d’anticipation garantie, moins de réunions obligatoires, davantage de contraintes sur les initiatives et une notion supplémentaire pour encadrer la parole.

Dans ce contexte, avancer le conseil au 27 octobre sans échange préalable, comme le dénonce Morad Khetala, dépasse la simple question d’agenda. La préparation des élus dépend directement de leur connaissance du calendrier.

Quels dossiers exigeaient une séance dès le 27 octobre ? Pourquoi novembre ne convenait-il plus ? Quelles dispositions ont permis aux élus de préparer leurs questions et leurs vœux ? Et quel meilleur fonctionnement municipal justifie la disparition des garanties de 2023 ?

Monsieur le maire, vous savez fixer les délais de l’opposition. Quand prendrez-vous le temps de la consulter ?

Sources : publication de Morad Khetala du 18 octobre 2026 ; règlement intérieur approuvé le 28 septembre 2023, notamment articles 2.1, 4.2, 5.1, 5.2, 7.5, 7.6, 19.3 à 19.5, 31.1 à 31.3 et 34.2 ; règlement intérieur adopté le 24 septembre 2026, notamment articles 2.1, 2.3, 4.1, 4.3, 5.1, 7.4, 7.5, 21.3 à 21.5, 29, 33 et 37 ; projet de procès-verbal de cette séance, pages imprimées 17 et 18 pour le résultat du vote.

Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.