ANNULATION ELECTIONS MUNICIPALES
Coup de théâtre à Noisy-le-Sec : les élections ne sont plus annulées !
Olivier Sarrabeyrouse peut soufler. Il ne part plus et reste aux commandes de la ville. Les élus socialistes ont créé la surprise en déposant un recours en appel du jugement du 30 septembre 2026, qui conteste l’annulation des élections municipales.Juridiquement, les élus socialistes peuvent agir : leurs mandats sont annulés. Reste à savoir ce qu’ils vont plaider, la démonstration du sérieux de leur démarche et la manière dont cela sera perçu par les électeurs noiséens.
Quelle question pour le Conseil d’État ?
Pas celle de la fraude: le tribunal l’a déjà écartée, en faveur de leur liste. L’annulation repose sur un seul motif, l’article L. 265 : cinq déclarations individuelles de candidature de la liste Franceschini au second tour ne portent pas la signature personnelle de leurs auteurs. Pour obtenir gain de cause, les appelants devraient donc démontrer que ces signatures sont authentiques. Or le tribunal a comparé les signatures aux pièces d’identité et aux déclarations du premier tour, et relevé des mentions manuscrites « très similaires entre elles ». La liste de M. Labidi, qui avait obtenu moins de 10 % au premier tour, ne pouvait se maintenir qu’en rejoignant une autre liste.
Quel cadeau pour Olivier Sarrabeyrouse
L’appel est suspensif : selon l’article L. 250 du code électoral, les conseillers proclamés restent en fonctions jusqu’à ce qu’il ait été définitivement statué. Le communiqué des appelants le reconnaît : « le Maire conservera ses pouvoirs jusqu’à la décision du Conseil d’État ». Et dire qu’il pouvait déjà faire ses cartons et s’apprêtait à rendre son écharpe, comme tous les élus du conseil municipal. Les élus socialistes assurent que « faire appel ne signifie pas soutenir le maire, mais simplement assurer le respect du vote des noiséens ». Qu’ils le veuillent ou non, ils lui offrent un formidable cadeau : c’est la liste arrivée en tête qui en profite.
Des absents à l’audience
À l’audience du 17 septembre 2026, ni M. Ronget, ni M. Labidi, ni M. Hormazabal n’étaient présents pour entendre le rapporteur public, qui a conclu à l’annulation. Le jugement ne mentionne aucune observation de leur part, ni mémoire en défense de MM. Ronget et Labidi. M. Hormazabal ne figure même pas parmi les personnes à qui la protestation a été communiquée, ce qui n’interdit pas son appel : tout électeur peut contester une annulation.
Opportuniste, dilatoire ?
Le communiqué annonce lui-même « les arguments qui motivent notre appel : le respect de la démocratie et des suffrages des noiséens », auxquels s’ajoute la volonté d’« éviter le coût financier d’une nouvelle élection ». Ce ne sont pas des moyens de droit : le juge annule quand la sincérité du scrutin est atteinte, quel que soit le coût. Alors, procédure opportuniste, voire dilatoire ? La question se pose. Et si de nouvelles élections avaient lieu en 2027, le PS présentera-t-il une liste ? Le communiqué n’en dit rien.
Le malaise est aussi dans la majorité
L’adjoint aux finances, Bruno Martinez, commente : « Comment s’enterrer un peu plus en pourrissant la situation au moment où toute la rue crie : tout le monde déteste le P…. Bravo Medy Labidi, les noiséens ne vous oublieront pas. » Il ajoute : « Après la honte de la fusion avec la droite […], à présent la trique pour les noiséens ! Bravo. » Ce sont ses mots, ceux d’un élu de la majorité, pas une décision de justice : le tribunal a écarté toute manœuvre frauduleuse.
Génie ou folie ?
Coup de génie ? Il faudrait un moyen de droit. Coup de folie ? Il faudrait en mesurer le coût politique. Réponse du Conseil d’État attendue en principe d’ici le printemps 2027.
Procédure
Appel devant le Conseil d’État
Jugement du tribunal administratif de Montreuil du 30 septembre 2026 (nos 2606948 et 2606952) : annulation des opérations électorales des 15 et 22 mars 2026 à Noisy-le-Sec, sur le seul fondement de l’article L. 265 du code électoral.
L’appel est suspensif : les conseillers proclamés restent en fonctions jusqu’à la décision définitive (article L. 250). Le Conseil d’État statue en principe dans les six mois de l’enregistrement du recours (article L. 250-1).
Décision attendue en principe d’ici le printemps 2027
Cet article s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

